Les exactions de la France coloniale ont commencé dès 1830/ Massacres dans la Mitidja (1re partie)

 

 

Après les destructions, la dévastation et le pillage des biens, la Mitidja, les populations des environs immédiats d’Alger, seront soumis aux massacres les plus ignobles et les plus impitoyables. La ville de Blida est une cible, où les premiers massacres, à l’aube de la colonisation, y seront commis.

Par Amar Belkhodja

Blida, comme Alger, fit l’objet de précoces expéditions. Dès le 29 juin 1830, la ville subit les assauts les plus meurtriers qui se renouvellent d’un moment à un autre et, pendant l’héroïque et légendaire résistance de la célèbre tribu des Hadjout. Voici les bilans des expéditions militaires françaises, puissantes et supérieures en effectifs et en arsenal de guerre. « Les maisons de campagne que nous trouvâmes abandonnées, furent en général pillées et dévastées ; celles de quels que consuls européens, dont les soldats ne connurent pas les pavillons, souffrirent comme les autres.

Quelques habitants, trouvés cachés dans les maisons et dans les haies, furent massacrés ; deux ou trois femmes furent même tuées par accident, d’autre furent violées ; mais ce sont là les tristes accompagnements de toute guerre, même la plus juste ». Annales algériennes – T.I – p. 59).
La ville de Blida et sa région ne seront plus épargnées. Elles subissent des expéditions qui reviennent d’année en année. Un massacre et déjà commis en novembre 1830 : « L’ordre fut donné de tout détruire et de tout incendier dans cette direction, où se trouvent les plus jardins du pays. En ville, on fusillait, presque sous les yeux du général en chef, tout ce qui était pris les armes à la main. Cette boucherie, présidée par le plus grand prévôt, dura si longtemps, qu’à la fin, les soldats ne s’y prêtaient plus qu’avec une répugnance visible. Le général Clauzel crut, sans doute, intimider les Arabes par ces actes de rigueur qui n’étaient cependant pas dans ses habitudes mais il se préparait de sanglantes représailles.

Plusieurs habitants de Belida, hommes, femmes et enfants, s’étaient retirés dans une des premières gorges de l’Atlas. On leur envoya un parlementaire pour les inviter à rentrer chez eux. La plupart se rendirent, pour leur malheur, à cette invitation ». (Annales algériennes- T.I – p. 140).
C’est Mostefa Lacheraf qui évoque le drame des habitants de Blida :

« En novembre 1830, une expédition contre le bey de Médéa, par le général Clauzel, voulut forcer, sur son passage, les portes de Blida dont les habitants avaient refusé de laisser occuper leur ville. Devant les intentions guerrières du général Clauzel, la défense s’organisa et, comme nous l’apprend Camille Rousset, la ville ne tarda pas à être mise au pillage par les vainqueurs. « Tous les hommes armés, soit dans la ville, soit aux alentours, étaient amenés au grand prévôt et fusillés sans merci ».

(Cité par M. Lacheraf – p. 164).

Triste sort que celui des habitants de Blida qui aveint cru à l’ « aman » promis par les envahisseurs français. Ils quittèrent leur refuge pour s’enfoncer dans un drame épouvantable. Ils seront décimés sans pitié. « Blida, lorsque le général en chef la traversa, le 27 novembre (1830), était encombrée de cadavres, dont plusieurs étaient ceux de vieillards, de femmes, d’enfants et de juifs, gens tout à fait inoffensifs. Très-peu paraissaient avoir appartenu à des gens qui eussent eu la volonté ou le pouvoir de se défendre. Après un si grand carnage, on ne trouva point ou presque point d’armes sur les vaincus ». Annales algériennes – T. I – p. 150).

Le massacre subit par les habitants de cette ville se commet en deux épisodes très rapprochés. C’est le 27 novembre 1830 que Blida devient de nouveau le théâtre d’un plus grand désastre que dirige contre elle la colonne de Clauzel, de retour pour venger un détachement harcelé par les insurgés algériens. « Mais il fallut emporter d’assaut les maisons, les unes après les autres, poursuivre l’ennemi dans les cours, dans les ruelles, de terrasse en terrasse. C’est dans le tumulte de cette dernière crise que furent malheureusement enveloppés des vieillards, des femmes, des enfants ». (s’apitoie Camille Rousset, cité plus haut, cité par Lacheraf – p. 165).

Point de répit pour la ville. Le duc de Rovigo, le nouveau gouverneur général, s’attaque à tout : les mosquées, les biens, les hommes. Deux ans après les dévastations, les pillages et les massacres commis sous la bonne conduite de Clauzel à Blida et dans ses environs, c’est sous le règne de de Rovigo que « cette ville connaîtra de nouveau les rigueurs du régime militaire et le pillage organisé. Le gouverneur général « frappe d’une contribution de 200.000 piastres fortes les deux villes de Blida et de Koléa ». C’est parce que les habitants de Blida ne voulaient pas payer cete contribution que le duc de Rovigo fit occuper la ville et la livra à ses soldats ». (M.Lacheraf – p. 165).

Le massacre de la tribu des Aoufias

Après le massacre de la population de Blida, en 1830, alors qu’il fut établi, de par le contenu des comptes-rendus militaires, que les victimes – pour la plupart des vieillards, des femmes et des enfants – n’étaient pas porteurs d’armes ; victimes d’un parjure, puisqu’on promit l’ »aman » à cette population qui avait fui la ville justement pour se mettre à l’abri des représailles. Après cette extermination systématique, c’est autour de la tribu des Aoufias d’être complètement décimée, alors qu’elle campait aux alentours d’Alger, plus exactement aux abords de Maison -Carrée (Actuellement El Harrach).

L’attaque se déroule dans la nuit du 6 au 7 avril 1832, contre « Les Aoufias, gens inoffensifs qui étaient établis sur la rive gauche de l’oued (El Harrach). Conscients de leur faiblesse numérique et de leur pauvreté, ils ne peuvent provoquer ni les forces d’occupation ni les tribus avoisinantes. Ils préfèrent la paix avec tout le monde ». (Cité par Moulay Belhamissi dans son étude « Un tragédie aux portes d’Alger ». Un document qu’il a eu la gentillesse de m’en céder une copie, en m’accueillant, de son vivant, chez lui, avec beaucoup d’affabilité. (Note de l’auteur).

Nous remarquons, par ce qui précède, que le génocide a commencé très tôt en Algérie. En avril 1832, deux ans à peine après l’invasion française, les soldats du duc de Rovigo, alors gouverneur général de l’Algérie, vont opérer à une expédition nocturne macabre. Surpris dans leur sommeil, tous les membres de la tribu des Aoufias (ou Ouffias), femmes et enfants compris, seront égorgés sans pitié. Cela s’est passé à Maison-Carrée où la tribu algérienne était stationnée.

Mais que s’est-il passé au juste pour infliger une punition collective sanglante contre une paisible tribu et contre laquelle aucun délit ne fut prouvé pour qu’il eût justifié un acte aussi barbare de la part de nouveaux conquérants.
Un certain Ferhat Ben Saïd Ben Bouakkaz, féodalité des Zibans, avait envoyé des émissaires de l’est algérien pour offrir ses services aux nouveaux venus. Certaines familles algériennes, appelées « grandes tentes », se souciaient peu de leur appartenance à un sol et, la patrie, à cette époque, étaient malheureusement une notion vague.

Autrement dit, ces familles se comportaient comme des mercenaires en se mettant au service de n’importe quelle autorité qui s’établissait dans le pays. Après avoir « gouverné » aux côtés des turcs, les Bengana ou les Bouakkaz de Biskra, comme les Sid El Aribi, et les Ben Smaïl, les Kaddour Ben Mokhfi à l’ouest, (1) n’avaient pas hésité un seul instant à prêter allégeance aux débarqués de 1830.

  • Cette dernière ligue fut vaincue le 12 juillet 1834 par l’Emir Abdelkader. Ferhat Ben Saïd fut mis hors d’état de nuire et emprisonné à Tagdempt où il retrouve Sid El Aribi, lui aussi neutralisé par le jeune chef de la résistance, décidé à anéantir la féodalité dont les têtes de file s’étaient alliés très tôt aux envahisseurs français. Jusqu’à nos jours les descendants et affiliés à la confrérie de Sid El Aribi accusent l’Emir Abdelkader d’avoir empoisonné leur ancêtre alors qu’il avait péri de choléra. (Note de l’auteur).
    C’est-à- dire au lendemain même que le dernier des Dey (Hussein) eut remis les clés de la ville d’Alger au général de Bourmont.

 

A.K (à suivre…)

Source :  Au rendez-vous de tous les combats – de Amar Belkhodja – Ed. ENAG – Alger – 2014

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