Un robot-chien pour aveugles commercialisé en Chine // Même les animaux sont impactés par l’IA !

En Chine, un robot-chien destiné aux personnes aveugles entend apporter une réponse à la pénurie de chiens guides. Capable de se déplacer, d’éviter des obstacles et d’accompagner son utilisateur, cette innovation ouvre une nouvelle voie dans l’assistance aux personnes malvoyantes. Mais elle soulève aussi une question plus large : à mesure que les machines gagnent en efficacité, l’animal risque-t-il de perdre certaines de ses fonctions dans la société ? 

Par Chaïmaa Sadou

La scène semble sortie d’un film de science-fiction : un robot à quatre pattes, de la taille d’un labrador, accompagne une personne aveugle dans un environnement fréquenté. Pourtant, cette technologie existe désormais en Chine. Une entreprise chinoise issue du secteur de la défense développe une version civile d’un robot quadrupède destiné à guider les personnes déficientes visuelles. Une innovation qui pourrait transformer l’assistance au déplacement, mais aussi modifier la place traditionnellement occupée par le chien guide.

Cette innovation répond à une difficulté bien réelle : les chiens guides restent trop peu nombreux face aux besoins. En Chine, la population aveugle se compte en millions, alors que le nombre de chiens guides disponibles demeure limité. Former un chien demande du temps, des éducateurs spécialisés et des moyens financiers importants. À cela s’ajoutent les soins vétérinaires, les périodes de repos et, après plusieurs années de service, la retraite de l’animal.

Face à cette pénurie, les concepteurs du robot ont choisi d’adapter une technologie déjà utilisée dans d’autres domaines. Le quadrupède, initialement développé pour des missions de reconnaissance ou de transport, a été équipé pour répondre aux besoins des personnes aveugles. Ses capteurs lui permettent de détecter son environnement, tandis que ses roues silencieuses facilitent ses déplacements sans perturber l’utilisateur, qui s’appuie largement sur son ouïe pour se repérer.

Selon les données communiquées par ses concepteurs, le robot serait capable d’éviter les obstacles dans 96 % des cas. Il peut également franchir certains escaliers et se déplacer dans des espaces fréquentés. Grâce à la géolocalisation, il peut recevoir des indications de direction et accompagner son utilisateur vers une destination. Des performances qui restent toutefois celles annoncées par le fabricant et qui devront être confirmées par une utilisation plus large et indépendante.

L’intérêt d’un tel dispositif est évident. Contrairement à un animal, une machine peut être produite en série, entretenue et améliorée par des mises à jour techniques. Elle ne tombe pas malade, ne vieillit pas de la même manière et n’a pas besoin d’une longue période d’éducation. Pour les personnes qui attendent longtemps un chien guide, la robotique pourrait donc constituer une solution supplémentaire.

Mais derrière cette efficacité se cache une autre question, plus humaine : que perd-on lorsque l’on remplace un animal par une machine ? Un chien guide n’est pas seulement un moyen de déplacement. Il partage le quotidien de son maître, s’adapte à son comportement et crée avec lui une relation fondée sur la confiance. Le robot, aussi perfectionné soit-il, ne possède pas cette relation affective.

C’est ici que la notion de « retraite » prend tout son sens. Le chien guide ne disparaît pas et la machine ne rend pas l’animal inutile. Mais certaines fonctions qui lui étaient confiées pourraient progressivement être assurées par des technologies. L’animal risque alors de perdre une partie de sa place dans la société, non parce qu’il serait devenu moins attachant, mais parce que la logique de l’efficacité pousse à rechercher des solutions toujours plus automatisées.

Le phénomène dépasse d’ailleurs le seul cas du chien guide. Dans de nombreux secteurs, des machines accomplissent déjà des tâches autrefois réalisées par des animaux ou en réduisent l’utilisation. Cette évolution pose une question essentielle : faut-il considérer l’animal uniquement à travers les services qu’il peut rendre, ou reconnaître également la valeur du lien qui unit l’être humain au vivant ?

La technologie peut apporter une réponse concrète à la pénurie de chiens guides et favoriser l’autonomie de personnes qui en sont privées. Elle ne doit cependant pas conduire à opposer systématiquement l’animal et la machine. Le robot peut devenir un complément lorsque le chien guide n’est pas disponible, sans nécessairement signifier la disparition de ce dernier.

Pour l’heure, ces robots représentent surtout une nouvelle étape dans l’évolution de l’assistance aux personnes handicapées. Leur développement rappelle que le progrès ne consiste pas seulement à fabriquer des machines plus performantes : il oblige aussi à réfléchir à ce que nous voulons conserver de nos relations avec le vivant.

Le chien guide pourrait ainsi entrer dans une nouvelle forme de « retraite », non parce que son rôle aurait perdu toute valeur, mais parce que certaines de ses missions peuvent désormais être confiées à la technologie. Entre efficacité et affection, l’enjeu sera peut-être moins de choisir entre l’animal et la machine que de trouver une place à chacun dans une société où le progrès transforme peu à peu notre quotidien.

C.S

 

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *