On connaît les ravages du tabac sur la santé humaine. Ses conséquences sur l’environnement restent cependant moins connues. De la culture des feuilles entrant dans la fabrication des cigarettes, jusqu’aux milliards de mégots abandonnés chaque année, le tabac exerce une pression sur les sols, l’eau, les forêts et les écosystèmes.
Par Chaïmaa Sadou
On parle régulièrement des cancers, des maladies respiratoires et des millions de décès associés au tabagisme. Mais avant d’arriver dans les paquets de cigarettes, le tabac passe par une longue chaîne de production qui laisse elle aussi des traces sur l’environnement. La culture des feuilles, leur séchage, leur transformation, leur transport et, enfin, les déchets issus de leur consommation participent à cette empreinte.
Des sols mis à rude épreuve
Le premier impact se manifeste dans les champs. Le tabac est une culture exigeante qui mobilise des terres, de l’eau et des produits agricoles. Lorsqu’il est cultivé de manière intensive, il peut contribuer à l’appauvrissement et à la dégradation des sols.
Une étude menée dans le sud du Brésil a notamment analysé l’évolution des sols sur des parcelles cultivées en tabac pendant des périodes allant jusqu’à quarante ans. Les chercheurs ont constaté une diminution d’environ cinq fois de la stabilité des agrégats du sol ainsi qu’une baisse de 57 % de sa matière organique. La structure du sol devient alors plus fragile et plus vulnérable à l’érosion.
Ces résultats ne signifient pas qu’un sol « meurt » après quelques années de culture du tabac. Sa dégradation dépend des méthodes agricoles, de la durée de culture et des conditions locales. Ils montrent cependant que certaines pratiques conventionnelles peuvent altérer durablement ses propriétés.
À cela s’ajoute l’utilisation d’engrais et de pesticides. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la culture du tabac peut contribuer à la dégradation des sols et à la pollution de l’eau. Elle exerce également une pression sur les terres agricoles qui pourraient être consacrées à d’autres productions, notamment alimentaires.
La culture du tabac participe aussi à la déforestation. L’OMS estime qu’environ 200 000 hectares de terres sont défrichés chaque année pour sa culture et son séchage. L’organisation souligne également que l’industrie du tabac mobilise environ 600 millions d’arbres par an, consomme d’importantes quantités d’eau et génère des émissions considérables de gaz à effet de serre.
Quand l’industrie s’installe en ville
L’impact environnemental du tabac ne s’arrête pas aux plantations. Les feuilles doivent être séchées, transformées, conditionnées puis transportées. Ces différentes étapes nécessitent de l’énergie et des ressources et peuvent générer des émissions et des déchets.
La question prend une autre dimension lorsque les activités industrielles sont implantées dans des zones fortement urbanisées. À Alger, le quartier de Bab El Oued constitue un exemple historique de cette proximité entre industrie et habitat. L’ancienne unité Ali Gouraya, ex-Bastos, liée à la Société nationale des tabacs et allumettes (SNTA), a longtemps fait partie du paysage industriel et du tabagisme passif du quartier.
Des témoignages d’anciens élèves du lycée Okba évoquent notamment des odeurs de tabac perceptibles depuis les salles de classe durant les années 1980. Ce souvenir constitue une mémoire locale, mais il ne permet pas, à lui seul, de déterminer la nature ou le niveau des substances présentes dans l’air à cette époque.
Il est d’ailleurs important de distinguer ces nuisances industrielles du tabagisme passif. Cette expression désigne précisément l’exposition involontaire à la fumée produite par la consommation de tabac. Une odeur ou une émission provenant d’une installation industrielle ne peut donc pas être automatiquement qualifiée de tabagisme passif.
L’enjeu reste néanmoins celui de la qualité du cadre de vie. Dans les zones urbaines denses, la surveillance des rejets, des poussières fines, des odeurs et des résidus industriels constitue une question importante de protection de l’environnement et de santé publique.
Le lourd bilan des mégots
La pollution liée au tabac se poursuit après la consommation. Chaque année, environ 4 500 milliards de mégots sont abandonnés dans l’environnement à travers le monde.
Le filtre d’une cigarette est principalement composé d’acétate de cellulose, une matière plastique. Lorsqu’il se dégrade, il peut libérer des microplastiques ainsi que différentes substances chimiques dans les sols et les eaux. Ces déchets peuvent ainsi contribuer à la pollution des milieux aquatiques et affecter les organismes qui y vivent.
Le mégot, souvent considéré comme un petit déchet sans conséquence, devient ainsi le dernier maillon d’une chaîne beaucoup plus longue. Son impact s’ajoute à celui de la production agricole, de la transformation industrielle et du transport.
Une facture environnementale durable
L’impact du tabac doit donc être considéré dans son ensemble. Il ne concerne pas uniquement le fumeur, mais également les ressources naturelles et les milieux qui entourent la production et la consommation de cigarettes.
Chaque année, l’OMS associe l’industrie du tabac à la destruction de millions d’arbres, à une consommation massive d’eau et à des rejets importants de gaz à effet de serre. Le tabac ne laisse donc pas seulement une facture sanitaire. Il fragilise certains sols, mobilise des ressources naturelles et génère des déchets persistants.
Le tabac ? Un poison qui a toujours du succès malgré son incontestable nocivité pour l’homme et son environnement.
C.S
