Droits d’auteurs face aux géants de la vente on line et de l’IA/Vers la mort du métier d’écrivain ?

Trois éditeurs américains, rejoints par l’écrivain Scott Turow, accusent Google d’avoir utilisé illégalement des millions de livres pour entraîner son modèle d’intelligence artificielle Gemini. Une plainte collective a été déposée devant le tribunal fédéral de Manhattan.

Par Yakout Abina

Le conflit entre l’édition et les géants de l’intelligence artificielle s’intensifie. Vendredi dernier, Hachette Book Group, Elsevier et Cengage, rejoints par l’écrivain Scott Turow, ont saisi la justice américaine, reprochant à Google d’avoir exploité sans autorisation des millions d’ouvrages pour nourrir son modèle Gemini.
Les éditeurs affirment que Google aurait réutilisé des copies intégrales fournies à Google Books, censées servir uniquement à la recherche et à l’affichage de courts extraits. Ces fichiers auraient été combinés à d’autres contenus issus du Play Store, de bibliothèques en ligne et de sites pirates. Les mentions de droit d’auteur auraient même été supprimées afin de brouiller les pistes.
La plainte dénonce « une des violations de droits d’auteur les plus massives de l’histoire ». Les plaignants réclament des dommages et une injonction, estimant que Gemini constitue un concurrent direct capable de résumer, réécrire ou imiter le style des auteurs en quelques minutes pour seulement 0,39 $. Face à ces accusations, Google n’a toujours pas réagi.

Deux décisions californiennes ont récemment estimé que l’entraînement d’une IA pouvait relever du fair use. Pour éviter ce cadre jugé trop permissif, les éditeurs ont choisi de porter plainte contre Google Gemini devant un tribunal new-yorkais, en s’appuyant sur une affaire précédente concernant Anthropic, ce dernier ayant accepté en 2025 de verser 1,5 milliard de dollars aux auteurs pour des ouvrages utilisés illégalement.
Cette nouvelle action s’inscrit également dans un contexte européen plus strict. Depuis l’été 2025, les fournisseurs de grands modèles doivent publier un résumé des données utilisées pour l’entraînement, une obligation que les plaignants reprochent à Google d’avoir contournée.

Au-delà du déséquilibre économique entre les vendeurs en ligne, qui engrangent des bénéfices colossaux, alors que les auteurs peinent à vivre de leur plume, c’est la valeur même de la création humaine qui est en jeu. Les écrivains rappellent que la littérature n’est pas une simple production de texte, mais une expérience singulière, une voix, une sensibilité. L’IA, en automatisant l’écriture, risque de réduire la création à un flux standardisé, privé de profondeur et d’âme.

Y.A

 

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