Le Parc national de la Garamba, joyau naturel de la République démocratique du Congo, a été officiellement retiré de la Liste du patrimoine mondial en péril. Une décision historique de l’UNESCO, saluée comme une consécration des efforts de conservation menés depuis près de vingt ans, qui redonne un souffle nouveau à ce sanctuaire de biodiversité.
Par Chaimaa Sadou
Le 25 juillet dernier, lors de la 48ᵉ session de son Comité du patrimoine mondial à Busan, en Corée du Sud, l’UNESCO a officiellement retiré le Parc national de la Garamba de la Liste du patrimoine mondial en péril. Cette décision, qui intervient après près de trois décennies de suivi renforcé, marque un tournant décisif pour cette aire protégée du nord-est de la République démocratique du Congo, qui avait été inscrite sur cette liste rouge en 1996 en raison du braconnage intensif et de l’insécurité chronique.
Ce retrait est le fruit d’un effort soutenu et d’une gestion rigoureuse. Selon l’UNESCO, les mesures de protection actuelles sont désormais « suffisamment solides pour préserver la valeur universelle exceptionnelle » du parc, un écosystème unique où se côtoient savanes herbeuses et forêts denses. Cette distinction découle du modèle de cogestion instauré en 2005 entre l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et l’ONG AfricanParks, un partenariat qui a permis de mutualiser les compétences et les ressources pour une protection plus efficace. Cette collaboration a permis de restructurer en profondeur la surveillance du parc grâce à la formation d’éco-gardes, à la collecte de renseignements, au suivi scientifique des espèces et à l’intégration des communautés riveraines.
Les résultats de ce partenariat public-privé sont éloquents. Le braconnage, qui avait décimé les populations d’éléphants et conduit à l’extinction locale du rhinocéros blanc du Nord, a considérablement diminué. Les populations de girafes du Kordofan, une espèce menacée et endémique, montrent des signes encourageants de rétablissement. Les efforts ont permis de faire passer le nombre de girafes de 45 individus en 2017 à 91 en 2024, tandis que les populations d’éléphants, de buffles et d’hippopotames connaissent une croissance annuelle positive grâce à une protection renforcée. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a d’ailleurs salué lors de la session « des améliorations importantes en matière de protection et de gestion », soulignant notamment le renforcement des équipes de surveillance, l’utilisation de la surveillance aérienne, l’amélioration des systèmes de gestion et un effort majeur de mobilisation des communautés locales.
Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, la direction du parc a exprimé sa fierté, indiquant que « cette étape marque une avancée importante, et consacre des décennies de travail acharné, d’engagement et de dévouement de toutes les personnes ayant contribué à la conservation de la Garamba ». AfricanParks, de son côté, a souligné que cette consécration « rend hommage aux équipes de conservation, aux autorités, aux communautés locales et à tous les partenaires qui ont contribué aux progrès réalisés ».
Yves Milan Ngangay, directeur général de l’ICCN, s’est dit profondément reconnaissant envers les institutions internationales pour cette distinction en faveur du parc. Selon lui, « cette consécration réaffirme avec force la valeur universelle exceptionnelle de ce joyau naturel, et rappelle l’urgence collective d’en assurer la sauvegarde pour les générations présentes et futures ». Il a également tenu à souligner que « l’impartialité et la rigueur, lors de l’évaluation, ont permis de consolider sa crédibilité et la portée de cette démarche ».
L’histoire de la Garamba est jalonnée d’épreuves. Inscrit au patrimoine mondial dès 1980, le parc avait rejoint une première fois la Liste du patrimoine mondial en péril en 1984, avant d’en être retiré en 1992 grâce à la remontée des effectifs de rhinocéros blanc du Nord. Cependant, la résurgence du braconnage et l’incursion de groupes armés, notamment la LRA (Lord’sResistanceArmy), ont conduit à sa réinscription en 1996. Le parc a également servi de refuge à des miliciens, et ses infrastructures avaient même été détruites en 2009, plongeant la région dans une insécurité profonde. L’implication de l’armée congolaise (FARDC) dans des opérations de braconnage avait également été dénoncée par le passé, aggravant la crise.
Malgré ce retrait de la liste en péril, la vigilance reste de mise. L’UICN, bien que reconnaissante des progrès réalisés, a qualifié les perspectives de conservation du parc de « préoccupation significative ». Les menaces persistent, notamment l’exploitation minière illégale (orpaillage) et l’empiétement agricole dans les zones tampons qui continuent de dégrader les habitats. La présence de groupes armés transfrontaliers reste une menace potentielle, et l’absence d’un accord formel de coopération transfrontalière avec le Soudan du Sud fragilise la lutte contre le braconnage. Enfin, la stabilité du parc reste tributaire d’un financement international soutenu et de la poursuite des efforts de développement communautaire, avec la création d’emplois locaux et l’accès à des services de base comme la santé et l’éducation.
Le retrait de la Garamba de la liste en péril est une avancée majeure pour la conservation et la coopération internationale. Elle prouve que, même dans les zones les plus instables, l’alliance entre l’expertise scientifique, l’engagement des communautés et le soutien des institutions peut inverser la tendance. Ce succès, cependant, n’est qu’une étape. La pérennité de cet héritage mondial dépend désormais d’une gestion toujours plus rigoureuse, du développement économique des populations locales et de la surveillance constante des menaces qui pèsent sur ce sanctuaire unique au monde. Ce succès témoigne de l’efficacité d’une gestion rigoureuse et d’une coopération durable en faveur de la préservation de la biodiversité.
C.S