La plateforme de streaming a reconnu avoir utilisé l’IA pour retoucher 300 films et séries en postproduction. Une stratégie assumée, censée réduire les coûts et accélérer la production, mais qui alimente les débats sur la place des algorithmes dans le septième art.
Par Yakout Abina
Netflix a franchi une nouvelle étape dans l’intégration de l’intelligence artificielle à ses processus créatifs. Dans son rapport financier du deuxième trimestre 2026, la société a annoncé que 300 de ses titres avaient été modifiés à l’aide de ces outils lors de la phase de postproduction. Le PDG, Ted Sarandos, explique que certaines scènes « ont été produites deux fois plus vite et à moitié prix par rapport aux méthodes classiques ». Selon lui, plusieurs productions auraient renoncé à ces plans clés faute de moyens ou de délais suffisants.
Parmi les œuvres concernées figurent la série Glory, le drame sportif Le troisième sacre (Brasil 70 : A Saga do Tri), ainsi que le docufiction The American Experiment : Une nation à l’épreuve du temps, enrichi de 17 minutes « d’images améliorées par l’IA ». Netflix met en avant des arguments de praticité et de réduction des coûts, tout en restant discret sur les détails techniques de son recours à l’IA.
La plateforme au N rouge ne se limite pas à la postproduction. Elle a même racheté une startup d’IA fondée par Ben Affleck et lancé un studio d’animation entièrement basé sur ces technologies, baptisé INKubator. Elle envisage également d’intégrer des chaînes linéaires, reprenant certains codes de la télévision traditionnelle. Prime Video suit la même voie, annonçant à son tour l’utilisation de l’IA pour optimiser ses contenus.
Cette incursion des algorithmes dans le monde du cinéma divise Hollywood. Martin Scorsese a récemment défendu un outil d’IA dédié à la préproduction, suscitant de vives critiques. À l’inverse, Guillermo del Toro, réalisateur de Pinocchio et Frankenstein produits par Netflix, s’est montré ouvertement hostile à ces pratiques. Les syndicats et associations professionnelles redoutent une remise en cause des métiers techniques et artistiques, tandis que certains producteurs y voient une opportunité pour démocratiser des effets visuels auparavant hors de portée.
Le débat dépasse les frontières des studios. L’IA, déjà omniprésente dans la musique et la publicité, s’impose désormais dans le cinéma comme un outil incontournable. Reste à savoir si elle sera perçue comme un levier d’innovation ou comme une menace pour la créativité humaine. Une chose est sûre : la bataille autour de la place de l’intelligence artificielle dans le septième art ne fait que commencer.
Y.A
