
Pour cet été, les compagnies aériennes européennes abordent la saison avec un mélange de soulagement et d’inquiétude. Le spectre d’une pénurie de kérosène, qui planait depuis plusieurs mois en raison des tensions géopolitiques, semble s’être dissipé. Les acteurs du secteur affichent désormais une confiance retrouvée quant à la disponibilité du carburant dans les aéroports du continent.
Par Rihab Taleb
Mais si le risque de manquer de kérosène s’éloigne, un autre sujet occupe désormais les voyageurs : la crainte de files d’attente interminables dans les aéroports, liées à l’entrée en vigueur du nouveau système de contrôle aux frontières de l’espace Schengen.
C’est le message principal qui ressort de la 82e assemblée générale de l’Association du transport aérien international (IATA), organisée à Rio de Janeiro du 6 au 8 juin. Cette rencontre annuelle, véritable grand-messe du transport aérien mondial, réunit dirigeants et experts pour dresser un état des lieux du secteur. Pour les compagnies européennes, le sujet se résume en trois lettres : EES, pour Entry/Exit System. Ce dispositif, destiné à renforcer la sécurité et la traçabilité des passages aux frontières extérieures de Schengen, suscite de vives inquiétudes quant à son impact sur la fluidité du trafic passager.
Depuis le début du dernier conflit au Moyen-Orient, fin février, la menace d’une rupture d’approvisionnement en carburant avait alimenté les peurs. Mais aujourd’hui, les compagnies se veulent rassurantes. Rafael Schvartzman, vice-président Europe de l’IATA, affirme : « Le carburant sera disponible pour la saison estivale. » Selon lui, les évaluations menées jusqu’à présent montrent que la situation devrait rester correcte en Europe.
La visibilité ne dépasse pas quatre à six semaines, et les incertitudes géopolitiques imposent une vigilance constante. Les compagnies doivent donc actualiser régulièrement leurs prévisions pour anticiper d’éventuelles perturbations.
Si la question du kérosène semble réglée pour l’été, celle des passagers reste entière. Les compagnies redoutent des files d’attente de plusieurs heures dans les aéroports, conséquence directe de la mise en œuvre du système EES. Les voyageurs devront en effet se soumettre à de nouvelles procédures de contrôle, incluant la collecte de données biométriques et l’enregistrement systématique des entrées et sorties. Ce processus, plus long que les vérifications actuelles, pourrait ralentir considérablement le passage aux frontières, en particulier lors des périodes de forte affluence estivale.
Malgré ces incertitudes, la demande reste soutenue. Les réservations effectuées en mars et avril pour la période juin-septembre témoignent d’un enthousiasme des Européens pour les voyages. « Les Européens privilégient la proximité », observe Rafael Schvartzman. Les chiffres confirment ceci : le taux de réservation atteint 98 % du niveau de l’an dernier, et même 102 % pour les vols intra-européens. À l’échelle mondiale, la progression est encore plus marquée, avec un taux de 106 %, malgré une chute des réservations vers le Moyen-Orient, directement affecté par les tensions régionales.
Ainsi, le secteur aérien européen aborde l’été avec une double réalité. D’un côté, la sérénité retrouvée sur le front du carburant, qui éloigne le spectre d’une crise énergétique. De l’autre, l’inquiétude persistante face aux nouvelles règles de contrôle aux frontières, qui pourraient transformer les aéroports en zones de congestion. Les compagnies aériennes, conscientes de ces défis, appellent à une coordination renforcée entre autorités et opérateurs pour éviter que la saison estivale ne soit marquée par des scènes chaotiques dans les terminaux.
R.T
