Sécurité routière / Les écrans tactiles pointés du doigt dans un accident sur trois

Changer la température, régler la radio ou désactiver une aide à la conduite nécessite parfois plusieurs manipulations sur un écran tactile. Des gestes devenus banals mais qui peuvent détourner l’attention du conducteur pendant de précieuses secondes. Selon une étude allemande, cette distraction liée aux interfaces embarquées serait aujourd’hui impliquée dans un accident de la route sur trois.

 

Par Yakout Abina

Longtemps présentés comme un symbole de modernité et de progrès technologique, les grands écrans tactiles qui envahissent les habitacles automobiles pourraient avoir un effet inverse à celui recherché. Selon une étude du cabinet allemand Allianz Zentrumfür Technik (AZT), la distraction liée à l’utilisation des interfaces embarquées serait impliquée dans près d’un accident sur trois, un constat préoccupant qui relance le débat sur la place des commandes tactiles dans les véhicules modernes.

Les voitures n’ont jamais été aussi sûres sur le plan technique. Multiplication des airbags, aide au freinage d’urgence, maintien dans la voie, détection des angles morts ou encore régulateurs intelligents ont considérablement amélioré la protection des occupants et contribué à faire reculer la mortalité routière dans de nombreux pays.cependant, cette évolution positive est aujourd’hui contrebalancée par un phénomène moins visible, celui de la distraction générée par les interfaces numériques omniprésentes à bord des véhicules.

Régler la climatisation, modifier une station de radio, activer certaines aides à la conduite ou encore accéder à des fonctions du véhicule nécessite souvent plusieurs manipulations à travers différents sous-menus. Ces actions, qui paraissent anodines à l’arrêt, peuvent devenir problématiques lorsque le conducteur est entrain de conduire.

Pour le Dr Klaus-Peter Röhler, membre du directoire d’Allianz SE, les différences de conception entre les constructeurs jouent un rôle majeur. Selon lui, une même opération peut exiger jusqu’à 25 % d’attention visuelle supplémentaire d’un véhicule à un autre. Un écart qui démontre que la distraction n’est pas seulement liée au comportement du conducteur, mais aussi à la manière dont les systèmes embarqués sont conçus.Autrement dit, un conducteur prudent peut malgré tout être exposé à davantage de risques si l’interface de son véhicule est peu intuitive ou nécessite de quitter trop longtemps la route des yeux.

L’étude souligne que les véhicules misant presque exclusivement sur les commandes tactiles augmentent sensiblement le temps pendant lequel le conducteur détourne son regard de la chaussée. Pour une même tâche, l’écart peut atteindre trois secondes supplémentaires.

Or, plusieurs travaux de recherche ont déjà montré que détourner son attention de la route pendant plus de deux secondes augmente fortement le risque d’accident. À 90 km/h, un véhicule parcourt près de 50 mètres en deux secondes. Trois secondes d’inattention représentent donc une distance considérable durant laquelle un obstacle, un piéton ou un freinage brusque peut survenir.

Allianz estime qu’il devient nécessaire de définir quelles fonctions doivent impérativement rester accessibles via des boutons ou des molettes traditionnelles,sans pour autant rejeter la numérisation des véhicules. Une position qui rejoint les préoccupations croissantes des acteurs de la sécurité routière face à la généralisation des commandes tactiles.

Cette situation pousse également les autorités de régulation à réagir.L’organisme européen Euro NCAP, chargé d’évaluer la sécurité des véhicules, souhaite notamment favoriser le retour de commandes physiques pour certaines fonctions essentielles, comme les clignotants, les essuie-glaces ou encore la climatisation. L’objectif est de réduire les distractions et de permettre aux conducteurs de garder leur attention sur la route.

À l’heure où les constructeurs rivalisent d’innovations pour proposer des habitacles toujours plus numériques, cette étude rappelle qu’en matière de sécurité routière, la simplicité peut parfois s’avérer plus efficace que la sophistication technologique. Le véritable défi pour l’industrie automobile consiste désormais à trouver le juste équilibre entre innovation, confort d’utilisation et sécurité.

 

Y.A

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