
OpenAI poursuit sa diversification et mise désormais sur la pharmacie en s’offrant Orchestra Bio, une société spécialisée dans l’IA dédiée au développement de médicaments. Cette opération illustre le rapprochement croissant entre les géants de la technologie et l’industrie pharmaceutique, où l’intelligence artificielle s’impose comme un outil clé pour accélérer les innovations.
Par Yakout Abina
Après les moteurs de recherche, le cloud ou les assistants conversationnels, l’intelligence artificielle s’attaque désormais à l’industrie pharmaceutique. Le 20 octobre, OpenAI a annoncé l’acquisition d’Orchestra Bio, une entreprise spécialisée dans les agents d’IA capables de coordonner les multiples étapes du développement de médicaments.
Dans l’industrie pharmaceutique, la mise au point d’un médicament est un parcours complexe pouvant s’étaler sur plus d’une décennie. Entre les essais cliniques, les contraintes réglementaires et les problèmes de production, le moindre retard peut entraîner des conséquences financières considérables.
C’est précisément sur ces difficultés qu’Orchestra Bio a bâti sa réputation. Ses agents d’intelligence artificielle sont conçus pour analyser les données disponibles, anticiper les risques, réorganiser les priorités et proposer plusieurs scénarios aux équipes scientifiques lorsque des imprévus surviennent. Les décisions restent entre les mains des chercheurs, mais une partie du travail de coordination peut être automatisée.
Les équipes d’Orchestra Bio doivent rejoindre Rosalind, la plateforme d’OpenAI dédiée aux sciences de la vie. Celle-ci s’appuie notamment sur GPT-Rosalind, un modèle spécialisé dans la biologie et la chimie, ainsi que sur des outils permettant d’exploiter des bases de données scientifiques et de préparer des expériences. L’objectif est d’accompagner les laboratoires tout au long du cycle de développement des médicaments.
La Tech qui s’intéresse de plus en plus à la santé
Depuis plusieurs années, les géants de la technologie cherchent à s’imposer dans le secteur de la santé. L’intelligence artificielle est en effet considérée comme un moyen d’accélérer certaines étapes de la découverte de médicaments, de réduire les coûts de recherche et d’analyser des volumes de données impossibles à traiter manuellement.
Parmi les figures les plus emblématiques de ce rapprochement entre technologie et médecine figure Bill Gates. À travers la Fondation Gates, le cofondateur de Microsoft finance depuis de nombreuses années des programmes de recherche consacrés au paludisme, à la tuberculose ou encore à la poliomyélite. Il défend régulièrement l’idée que l’intelligence artificielle pourrait permettre de faire progresser plus rapidement la recherche médicale et les systèmes de santé.
Google fait également partie des pionniers du secteur. Sa filiale Deep Mind a développé Alpha Fold, un système d’intelligence artificielle capable de prédire la structure des protéines, une avancée majeure pour la biologie moderne. Fort de ce succès, le groupe a lancé Isomorphic Labs, une entreprise dédiée à la conception de médicaments grâce à l’IA. La société entend exploiter ses modèles pour accélérer la découverte de nouveaux traitements.
D’autres acteurs de la Silicon Valley multiplient également les initiatives. Amazon explore plusieurs applications de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé, tandis que NVIDIA est devenu un partenaire incontournable des laboratoires et des centres de recherche grâce à ses puces utilisées pour l’entraînement des modèles d’IA destinés à l’analyse génomique et à la découverte de molécules.
Un mouvement qui fonctionne dans les deux sens
Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement les entreprises technologiques. Les grands laboratoires pharmaceutiques cherchent eux aussi à intégrer les compétences issues du monde de l’IA.
Bio NTech, connu pour son vaccin contre le Covid-19, a ainsi acquis en 2023 la société d’intelligence artificielle Insta Deep afin de renforcer ses capacités d’analyse. Astra Zeneca a suivi une logique comparable en se rapprochant de spécialistes de l’IA pour accélérer certaines recherches, notamment en oncologie.
Le mouvement est donc devenu réciproque. D’un côté, les géants de la technologie investissent la pharmacie pour valoriser leurs capacités de calcul et leurs modèles d’intelligence artificielle. De l’autre, les laboratoires pharmaceutiques achètent ou développent des technologies d’IA afin d’améliorer leur compétitivité.
Un pari coûteux pour OpenAI
Pour OpenAI, cette offensive dans la santé intervient alors que l’entreprise continue de dépenser des sommes considérables pour soutenir son expansion. Malgré des revenus en forte croissance, le groupe reste engagé dans une course technologique extrêmement coûteuse nécessitant des investissements massifs en infrastructures et en recherche.
Le rachat d’Orchestra Bio démontre que le groupe ne compte pas limiter son développement au seul marché des assistants conversationnels. En s’installant dans les sciences du vivant, OpenAI cherche à se positionner sur l’un des secteurs où l’IA pourrait avoir l’impact économique et sociétal le plus important au cours des prochaines années.
Pour les défenseurs de cette technologie, l’intelligence artificielle pourrait permettre de réduire le temps nécessaire à la découverte d’un médicament. Pour OpenAI et ses concurrents, elle représente surtout l’opportunité de conquérir l’un des marchés les plus stratégiques et lucratifs de l’économie mondiale.
Y.A
