Le groupe de Mark Zuckerberg diversifie sa gamme avec les Ray-Ban Meta Audio, des lunettes connectées dépourvues de caméra mais pilotées par son assistant vocal, Muse. Une alternative présentée comme plus discrète, alors que les modèles dotés de capteurs font l’objet de graves accusations et d’enquêtes judiciaires.
Par Yakout Abina
C’est un virage stratégique notable pour la maison mère de Facebook et Instagram. Mercredi dernier, sur la scène du Meta Connect, Mark Zuckerberg a levé le voile sur les Ray-Ban Meta Audio. Contrairement aux anciens modèles, ces lunettes n’ont pas de caméra. Meta a décidé de l’enlever pour rendre les lunettes plus légères et plus esthétiques. Cette monture bénéficie également d’une autonomie record au sein de la gamme. Un choix dicté par l’ergonomie, selon le PDG, qui a souligné devant le public, en arborant lui-même la paire, que se passer de caméras ouvrirait de nombreuses possibilités de design.
Derrière cette cure d’amaigrissement technologique, Meta ne renonce cependant pas pour autant à ses ambitions dans l’intelligence artificielle puisque ce modèle audio-only fonctionnera grâce à Muse, l’assistant conversationnel maison. Piloté entièrement par la voix, l’outil permettra de gérer son quotidien ou d’interagir avec l’IA sans encombrer ses mains. Annoncées pour les prochaines semaines concernant le déploiement logiciel de l’assistant, les lunettes seront commercialisées dès le 13 octobre aux États-Unis au prix de 350 dollars, soit environ 308 euros.
Si Meta vante les mérites créatifs de ce design épuré, l’argument de la discrétion arrive à point nommé car, depuis plusieurs mois, les versions précédentes dotées de caméras embarquées subissent un tir croisé de critiques. De nombreux usagers et plus d’une soixantaine d’associations de défense des libertés numériques dénoncent la facilité avec laquelle ces montures permettent de filmer ou photographier à l’insu de leur entourage. En France, la situation a pris une tournure judiciaire avec l’ouverture de plusieurs enquêtes par le parquet de Paris, suite à des plaintes de femmes filmées clandestinement dans l’espace public. Face à la multiplication des appels à des restrictions, voire à des interdictions pures et simples en Europe, ce modèle sans objectif offre à Meta une bouffée d’oxygène pour l’acceptabilité sociale de ses objets connectés.
Malgré ce contexte houleux et l’arrivée de cette alternative plus neutre, Meta refuse pour autant de faire machine arrière sur ses produits d’enregistrement. Interrogé par l’AFP, Vishal Shah, vice-président de l’entreprise chargé des produits d’IA, a tenu à clarifier la position du groupe en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’un changement de cap, tout en rappelant l’existence d’une LED lumineuse sur les montures équipées de caméras, censée alerter visuellement l’entourage et rendue plus explicite au fil des évolutions matérielles. En cochant ainsi la case du tout-audio, Meta espère élargir sa cible vers un public réticent à l’idée d’être filmé, tout en maintenant son offre sur le marché des accessoires connectés.
Y.A