Les narcotrafiquants et le marché de la mort/Un business criminel mais…florissant

L’Indonésie vient de saisir 2,6 tonnes de méthamphétamine liquide, une des plus importantes prises jamais réalisées dans le pays. Dix marins birmans ont été arrêtés près de Bengkalis. Ce coup de filet met en lumière l’ampleur d’un trafic international et les dangers d’une drogue qui peut anéantir toute une génération. Jamais le commerce de la mort n’a été aussi juteux qu’en ce premier quart du 21e siècle.

 Par Chaimaa Sadou

Les autorités indonésiennes viennent de réaliser l’une de leurs plus importantes saisies de drogue. Lundi soir, près de Bengkalis, dans la province de Riau, l’Agence nationale des stupéfiants (BNN), en coordination avec les services des douanes, a intercepté le MV Rainmaker, un navire battant pavillon tanzanien. À son bord, 2,6 tonnes de méthamphétamine liquide étaient dissimulées dans huit fûts et une citerne. Dix membres d’équipage, tous birmans, ont été arrêtés. Une fouille menée avec des chiens renifleurs a également permis de découvrir plus de 1,5 million de cigarettes illégales. Selon les renseignements recueillis par les autorités, le navire venait du Sarawak, en Malaisie, et se dirigeait vers l’Indonésie.

 

Cette prise s’ajoute à d’autres opérations. Le 8 août, les autorités avaient saisi 1,3 tonne de kétamine sur un autre navire tanzanien. L’an dernier, deux tonnes de crystalmeth, la forme cristalline de la méthamphétamine, avaient été interceptées sur un bateau de pêche entre la mer d’Andaman et l’île de Batam. Ces saisies montrent l’importance des routes maritimes dans le trafic en Asie du Sud-Est. Derrière ces cargaisons se trouvent des réseaux organisés, attirés par le profit.

 

Mais qu’est-ce que la méthamphétamine ? C’est une drogue de synthèse qui stimule fortement le système nerveux central. Elle peut se présenter sous forme de poudre, de cristaux ou de liquide. Dans le cerveau, elle augmente notamment l’activité de la dopamine et de la noradrénaline, deux messagers chimiques impliqués dans la récompense, la motivation et l’éveil. Le consommateur peut ressentir euphorie, énergie et vigilance accrues. Mais ces effets ont un revers : accélération du rythme cardiaque, troubles de l’humeur, paranoïa, hallucinations, problèmes de mémoire et dépendance peuvent apparaître. La méthamphétamine figure parmi les principaux stimulants faisant l’objet d’un trafic international.

 

Que se passe-t-il dans la tête du consommateur ? Avec des prises répétées, les circuits cérébraux de la récompense et de la motivation se modifient. La personne peut ressentir une forte envie de reprendre la drogue et éprouver, lors du manque, fatigue, anxiété ou dépression. La dépendance n’est donc pas une simple question de volonté. La méthamphétamine peut aussi perturber les fonctions liées à la décision et à la mémoire et augmenter le risque de rechute, même après une période d’arrêt. La recherche de sensations peut ainsi se transformer en problème de santé.

 

Même dans l’Antiquité

 

L’usage de substances psychoactives n’est toutefois pas nouveau. Dans l’Antiquité, l’opium était déjà connu. Dans L’Odyssée, Homère évoque le népenthès, parfois rapproché de l’opium. Hélène le verse dans le vin afin d’apaiser les peines et les chagrins. Son identification exacte reste discutée. Plus largement, l’usage du pavot à opium remonte à plusieurs millénaires. Égyptiens, Grecs et Romains connaissaient notamment ses usages médicaux. Ces substances étaient employées dans des contextes médicaux, rituels ou sociaux.

 

Au 19e siècle, naissance du commerce de l’opium

 

Le commerce organisé des drogues prend une autre dimension à l’époque moderne. Au XIXe siècle, la Compagnie britannique des Indes orientales a joué un rôle majeur dans le commerce de l’opium produit en Inde et vendu en Chine, malgré les interdits chinois. Ce commerce a contribué aux tensions qui ont conduit aux deux guerres de l’opium. La recherche du profit a ainsi accompagné l’essor de marchés de substances addictives. Aujourd’hui, les trafiquants utilisent notamment des itinéraires maritimes et des pavillons de complaisance pour tenter de dissimuler leurs activités.

 

L’Asie de l’Est et du Sud-Est demeure au cœur du trafic mondial de méthamphétamine. Selon l’ONUDC, ces deux régions ont représenté 48 % des saisies mondiales de méthamphétamine en 2024, tandis que les saisies asiatiques ont atteint un niveau record. Les flux dépassent toutefois cette région et alimentent notamment les marchés d’Océanie. Face à cet afflux, l’Indonésie renforce ses opérations. Mais la lutte contre la drogue ne repose pas uniquement sur les saisies. La prévention commence aussi par l’éducation et la santé. Une alimentation équilibrée à l’école contribue également aux bonnes conditions d’apprentissage, en favorisant la concentration et le bien-être des élèves. Investir dans la jeunesse, c’est donc aussi renforcer les moyens de prévenir les conduites à risque. Investir dans la jeunesse, c’est donc également renforcer les moyens de prévenir les conduites à risque.

 

La saisie de 2,6 tonnes de méthamphétamine en Indonésie dépasse ainsi le simple fait divers. Elle révèle les dimensions économiques et sanitaires d’un trafic international. Derrière les tonnes saisies se trouvent des réseaux en quête de profit, mais aussi des consommateurs exposés à une dépendance et à des dommages parfois durables. Face à ce phénomène, la réponse doit associer lutte contre le trafic, prévention, éducation et prise en charge des personnes dépendantes.

C.S

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