Flambée des prix du gaz en Europe / La Suisse face à la hausse des prix et à la dépendance énergétique

 

À l’approche de l’hiver, une grande inquiétude gagne l’ensemble du secteur de l’énergie et les usines en Suisse. En quelques mois seulement, la situation sur le marché européen s’est beaucoup compliquée  au point de fragiliser l’économie de tout un continent.

 

 

 

 

Par Rihab Taleb

Sur le marché où s’achète le gaz en Europe, le prix d’un mégawattheure a connu une augmentation spectaculaire. Il est passé de 28 euros en début d’année à près de 73 euros aujourd’hui. Ce tarif a donc presque triplé sur une période très courte. Cette forte hausse s’explique principalement par les problèmes politiques et les conflits au Moyen-Orient. Le problème majeur vient de la fermeture du détroit d’Ormuz, une zone maritime stratégique située entre le golfe Persique et l’océan Indien. C’est un passage très important par lequel passe habituellement près de 20 % du gaz naturel liquéfié du monde. Comme les navires de transport ne peuvent plus circuler normalement, les livraisons s’arrêtent ou prennent du retard. Il y a donc beaucoup moins de gaz disponible sur le marché mondial, ce qui crée rareté et fait monter les prix très vite.

Cette baisse des quantités de gaz arrive au pire moment pour les pays européens, qui préparent l’arrivée du froid. Les réserves de gaz stockées sous terre dans plusieurs pays voisins se trouvent à des niveaux très bas pour cette période de l’année. C’est le cas par exemple en Allemagne et aux Pays-Bas, deux nations qui gardent habituellement de très grandes quantités de gaz en réserve pour alimenter tout le continent pendant la saison froide. Daniela Decurtins, la directrice de l’Association suisse de l’industrie gazière, explique que l’incertitude est aujourd’hui beaucoup plus grande que les années précédentes. Tout dépendra directement de la météo et du climat dans les prochains mois. Si l’hiver est particulièrement long et froid, les ménages vont chauffer davantage leurs maisons et les usines vont consommer plus d’énergie. Cette hausse de la demande mondiale pourrait alors faire doubler une nouvelle fois les prix du gaz.

Le pays ne possède aucun réservoir sous terre pour stocker du gaz sur son propre territoire. Contrairement à la majorité de ses voisins européens qui disposent de grandes cavités naturelles, la Suisse est incapable de constituer des réserves chez elle pour faire face aux urgences de l’hiver. Pendant très longtemps, le pays achetait presque tout son gaz en le faisant venir d’Allemagne par des réseaux de tuyaux. Pour éviter de se retrouver sans rien en cas de coupure grave ou de conflit international, les professionnels du gaz en Suisse ont cherché d’autres solutions logistiques. Au printemps dernier, ils ont mis en place un système de secours sur le grand tuyau de gaz qui traverse la Suisse entre la France et l’Italie. En cas de manque important ou de pénurie, la Suisse aura le droit de garder chez elle le gaz physique qui devait traverser son sol pour aller en Italie. En échange, la Suisse achètera une quantité égale de gaz sur le marché financier italien pour rembourser ses voisins. C’est une sorte d’assurance d’urgence et de dernier recours qui sert avant tout à protéger les usines, les commerces et les entreprises suisses pour éviter qu’ils ne doivent ralentir ou fermer leurs usines.

Pour ne plus dépendre du gaz fossile qui vient de pays lointains et souvent instables sur le plan politique, la Suisse veut transformer son réseau et utiliser de plus en plus de gaz écologique. Il s’agit notamment du biogaz, une énergie propre fabriquée localement à partir de la fermentation des déchets agricoles et des ordures ménagères. Aujourd’hui, ce gaz neutre en carbone ne représente encore que 10 % de tout le gaz utilisé dans le pays. L’objectif des professionnels est d’atteindre 15 % d’ici l’année 2030, puis d’arriver à 100 % d’ici 2050 pour respecter les grands objectifs écologiques fixés par le gouvernement suisse. Pour réussir ce changement important, le pays compte doubler sa propre production de biogaz dans les années à venir. Il prévoit aussi de continuer d’en acheter chez ses voisins européens, car la Suisse est déjà le premier acheteur de biogaz certifié en Europe. Même si ces solutions écologiques apportent de très bonnes réponses pour l’avenir et la planète, une chose reste sûre pour les mois à venir. Même si les habitants et les usines ne risquent pas d’être privés de chauffage cet hiver, la hausse importante des prix va peser lourdement sur le budget des familles et sur les dépenses des entreprises suisses.

R.T

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