C’est encore une fois vers les Emirats arabes unis que se tournent les regards dans le cadre d’enquêtes sur des capitaux illicites. Des autorités britanniques ont en effet mis au jour une organisation criminelle ayant acheminé vers Dubaï près de 30 millions de livres en billets, depuis le sol britannique.
Par Yacine Boudali
Dans un communiqué, la National Crime Agency (NCA), chargée de la lutte contre la criminalité au Royaume-Uni, a précisé que cette structure était pilotée par un organisateur installé à Dubaï. Ce dernier coordonnait ses subordonnés pour récupérer des fonds auprès de groupes criminels britanniques, puis les faire sortir clandestinement vers les Emirats, à bord de vols reliant Dubaï aux aéroports de Manchester, Birmingham et Bruxelles. Les membres du réseau cachaient des centaines de milliers de livres dans leurs habits et leurs valises, allant jusqu’à emporter cinq bagages lors d’un seul déplacement. D’après les investigations de l’agence, l’argent provenait de organisations criminelles du nord de l’Angleterre, entre autres Manchester, Liverpool, Southport, Sheffield et Huddersfield, avant d’être envoyé à Dubaï.
L’affaire ne concernait pas uniquement le transfert illégal d’espèces : les membres du réseau logeaient dans des hôtels de Dubaï, où leurs repas ainsi que leurs sorties en discothèques et en clubs étaient financés durant leur séjour. Les recherches ont établi que cinq membres seulement avaient transporté, à eux seuls, 20,8 millions de livres en liquide lors de plusieurs trajets vers Dubaï, le montant total des fonds acheminés par le réseau vers les Emirats atteignant près de 30 millions de livres. Les enquêtes ont aussi montré que l’organisateur s’appuyait sur un groupe WhatsApp pour piloter les participants aux opérations de collecte, en leur indiquant notamment les lieux de remise des espèces et la manière de les transporter.
Lors d’une des opérations de trafic, un membre du réseau est parvenu à faire sortir 306 040 livres de l’aéroport de Manchester. La somme a toutefois été repérée dans ses bagages après leur enregistrement, ce qui a conduit à son arrestation et à la confiscation des fonds. Une employée chargée de l’enregistrement des passagers pour Emirates à l’aéroport de Manchester a également pris part à des opérations de trafic d’espèces, avant de reconnaître sa culpabilité. L’agence a indiqué que le plan a commencé à s’effondrer après la saisie de 788 455 livres en espèces dans des aéroports britanniques lors de trois opérations distinctes, ce qui l’a amenée à ouvrir une enquête sur les activités du réseau.
Par la suite, un jury de la Crown Court de Bolton a déclaré coupables cinq membres du réseau le 4 juin, au terme d’un procès de 12 semaines. D’autres ont plaidé coupable avant l’ouverture du procès, tandis que certains accusés attendent encore leur peine, prévue les 29 octobre et 27 novembre prochains. A ce propos, John Hughes, responsable d’une branche de la National Crime Agency, a affirmé que le groupe criminel avait fait sortir « d’énormes quantités d’argent », en soulignant que « l’argent illicite constitue une source majeure de financement des activités des groupes de criminalité organisée ». Cette affaire replace les Emirats arabes unis au centre d’un circuit financier transnational lié au trafic d’espèces, au blanchiment d’argent et à la criminalité organisée, mettant en lumière l’usage de Dubaï comme destination pour les fonds illicites et les réseaux criminels internationaux.
Y.B
