Initiative panafricaine pour une souveraineté énergétique / Création de la Banque Africaine de l’énergie

La Banque africaine d’import-export, l’Afreximbank, s’est unie à l’Organisation des producteurs africains de pétrole (l’APPO) pour créer la Banque africaine de l’énergie (BAE). Cette grande annonce a été faite à l’occasion de l’assemblée générale constitutive de cette institution financière, samedi à Abuja, au Nigéria.

 

 

 

Par Rihab Taleb

Pour démarrer ses activités sur des bases solides, la Banque africaine de l’énergie s’est dotée d’un capital autorisé de 5 milliards de dollars. Dans un communiqué officiel, l’organisation apporte des précisions sur l’utilisation de cet argent. La BAE aura pour rôle de soutenir des projets qui couvrent l’intégralité de la chaîne de valeur énergétique. Ce qui signifie que les investissements toucheront aussi bien l’amont, avec l’exploration et la production, que l’aval, en passant par le transport, le traitement, le raffinage, et enfin la distribution des produits. L’organisation insiste bien sur le fait que ces investissements visent des objectifs précis : renforcer les capacités de production locales, réduire la dépendance du continent vis-à-vis des importations de produits pétroliers venus de l’extérieur, et stimuler activement le commerce intra-africain des biens énergétiques.

L’avenir énergétique, façonné par les Africains

Ce partenariat répond également à un impératif politique et souverain très fort. La BAE a en effet pour mandat fondamental de promouvoir une participation active et directe de l’Afrique et des Africains au sein même du secteur énergétique du continent. L’idée directrice, martelée par l’APPO, est de veiller à ce que l’avenir énergétique de l’Afrique soit entièrement conçu, pensé et façonné par les Africains eux-mêmes, marquant ainsi une volonté manifeste d’indépendance et de maîtrise des ressources.

Cette première assemblée générale constitutive de la BAE s’est déroulée en présence de plusieurs figures politiques et institutionnelles du continent. Parmi les personnalités qui ont assisté à cet événement, on compte le ministre d’État nigérian aux Ressources pétrolières, Heineken Lokpobiri, ainsi que le président du conseil d’administration d’Afreximbank, George Elombi. Étaient également présents le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie de Côte d’Ivoire, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, sans oublier le secrétaire général de l’APPO, l’Algérien Farid Ghezali, dont la présence souligne le rôle moteur joué par l’Algérie dans cette dynamique continentale.

Au cours de cette rencontre, les dirigeants ont tenu à rappeler que la naissance de la Banque africaine de l’énergie vient réaffirmer la détermination des gouvernements africains à garantir par eux-mêmes leur propre avenir énergétique. Cette initiative montre qu’ils ont pris conscience de la nécessité absolue de réaliser des investissements colossaux dans la production et le transport de l’énergie. C’est à cette seule condition qu’il sera possible d’accélérer la croissance industrielle du continent tout en tirant parti des formidables opportunités offertes par les technologies émergentes d’aujourd’hui, et tout particulièrement l’intelligence artificielle (IA).

Combler un déficit de financement de 200 milliards de dollars pour une transition juste

Pour l’APPO, la mise en place de cette banque arrive à un moment opportun. Les besoins actuels en matière d’investissement énergétique sur le continent sont estimés à la somme de 200 milliards de dollars. La BAE a donc été conçue précisément pour combler cet important déficit de financement qui touche le secteur des hydrocarbures. Tout en finançant ces infrastructures pétrolières et gazières, la banque aura également pour mission d’accompagner et de soutenir une transition énergétique qui se veut juste et adaptée aux réalités socio-économiques des pays africains.

Sur le plan de son organisation et de son fonctionnement, il a été souligné que la BAE fonctionnera à la manière d’une institution financière panafricaine supranationale et totalement indépendante. Pour mener à bien ses missions, elle cherchera à mobiliser et à attirer des investissements provenant de sources très variées : des gouvernements eux-mêmes, des compagnies pétrolières nationales, de diverses institutions financières, ainsi que des investisseurs privés désireux de s’impliquer dans le développement énergétique du continent.

Cette première assemblée générale a également permis de franchir des étapes institutionnelles décisives. Elle a ainsi adopté la nomination du tout premier président de la Banque, en la personne de Helmy Ghazi. De plus, elle a acté la formation et la mise en place du premier conseil d’administration de l’institution, un organe qui se veut représentatif puisqu’il est composé de membres issus à la fois des secteurs public et privé, ainsi que de représentants d’institutions politiques de premier plan réparties à travers tout le continent.

Il est utile de rappeler l’historique des deux institutions fondatrices. L’APPO a été créée en 1987, à l’initiative de l’Algérie et de plusieurs autres pays africains producteurs de pétrole. Aujourd’hui, cette organisation regroupe 18 États membres et constitue un cadre institutionnel précieux. Sa vocation première est de coordonner les politiques pétrolières entre les pays membres, de renforcer la coopération et l’intégration dans des domaines aussi variés que l’exploration, la production, le raffinage, ou encore le transfert de technologie. Elle s’attache également à soutenir activement la recherche scientifique, la formation des talents et le développement des compétences professionnelles.

De son côté, l’Afreximbank est une institution financière multilatérale panafricaine dont la mission principale est de financer et de promouvoir le commerce à l’intérieur de l’Afrique (le commerce intra-africain), ainsi que les échanges commerciaux entre l’Afrique et le reste du monde. Elle joue un rôle moteur dans le soutien au développement économique et à l’intégration régionale du continent. En plus d’offrir des financements, des garanties, des lignes de crédit et des instruments financiers diversifiés, l’Afreximbank joue également un rôle capital et très actif dans la mise en œuvre concrète de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), renforçant ainsi les ponts économiques entre toutes les nations du continent.

R.T

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