
Le président américain Donald Trump a annoncé un accord surprise avec son homologue russe Vladimir Poutine le vendredi 9 octobre 2026. L’accord a pour objectif d’autoriser et d’organiser la livraison de plusieurs tonnes de diesel russe vers les marchés américain et mondiaux. Un revirement qui provoque la colère de l’Ukraine, l’incompréhension des alliés européens et de vives critiques aux États-Unis.
Par Rihab Taleb
Dans un message publié sur son réseau Truth Social, Donald Trump a détaillé les volumes de cet accord qu’il qualifie de grand accord (big deal). Ce sont 300 000 tonnes de carburant qui doivent être fournies immédiatement, suivies de 500 000 tonnes supplémentaires en novembre, puis de 1 000 000 de tonnes juste après.
Le Kremlin a rapidement confirmé l’information, assurant que la Russie était tout à fait disposée à approvisionner les marchés en pétrole et en produits pétroliers. Devant les journalistes, Donald Trump n’a pas hésité à afficher sa satisfaction et à remercier publiquement Vladimir Poutine.
La raison principale de ce choix sont les élections de mi-mandat (midterms) qui approchent aux États-Unis. En augmentant l’offre de carburant, il espère faire baisser rapidement les prix à la pompe pour soulager les consommateurs américains, et particulièrement les agriculteurs, les éleveurs et les chauffeurs routiers.
Une contradiction totale avec les sanctions de Washington
Le problème, c’est que cet accord avec la Russie arrive à peine trois semaines après une décision très ferme prise par le gouvernement américain. Le 18 septembre, Donald Trump avait en effet signé un texte instaurant des sanctions d’une rigueur inédite contre la Russie et tous ceux qui l’aident à contourner les interdictions.
Cette nouvelle politique prévoyait même des droits de douane allant jusqu’à 100 % pour les pays qui continuent d’acheter du pétrole ou du gaz russe, comme la Chine et l’Inde.
De nombreux opposants et experts ont immédiatement pointé du paradoxe. Comme l’a résumé un responsable d’un institut de recherche américain en ironisant : « L’Amérique peut-elle taxer l’Amérique ? » Même au sein du camp républicain, l’inquiétude est palpable. Certains élus craignent que la levée des sanctions sur le pétrole russe serve uniquement à renflouer l’argent nécessaire à la machine de guerre du Kremlin. Du côté des démocrates, les mots sont très durs, qualifiant l’entente d’« accord conclu avec un dictateur meurtrier ».
Sans surprise, cette alliance de circonstance a provoqué une immense déception à Kyiv. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié cette décision de « faible », « malhonnête » et « indigne de nos partenaires ». Il a également comparé cette annonce à un « beau cadeau d’anniversaire pour Poutine », la qualifiant d’« absolument horrible ».
Cet accord est tombé au moment même où une délégation ukrainienne était en déplacement en Floride pour discuter avec les proches de Donald Trump (notamment son émissaire spécial Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner). Selon plusieurs sources, les Américains auraient fait forte pression sur les Ukrainiens pour qu’ils stoppent leurs attaques de drones contre les raffineries russes.
Une demande visiblement ignorée, la nuit suivant l’annonce de l’accord, l’armée ukrainienne a mené un bombardement massif qui a enflammé une importante raffinerie à Rostov-sur-le-Don, dans le sud-ouest de la Russie.
C’est une situation qui rappelle le fameux dicton « c’est l’hôpital qui se moque de la charité ». D’un côté, les États-Unis ont pris des sanctions très dures contre la Russie et ont interdit aux pays européens de faire du commerce avec la Russie pour affaiblir leur économie. Mais de l’autre, les Américains s’arrangent avec le Kremlin pour acheter directement leur carburant afin de régler leurs propres problèmes politiques intérieurs. C’est comme s’ils disaient « faites comme je dis, mais ne faites pas ce que je fais ». Encore une fois, les États-Unis prouvent que ce sont uniquement les intérêts et le pouvoir qui dictent les relations entre les États.
R.T
