Le président de la FIFA Gianni Infantino, se retrouve aujourd’hui encerclé par une vague de contestation sans précédent qui menace de mettre un terme à son mandat à la tête de l’instance internationale. Alors que la Coupe du monde 2026 s’est achevée sur un bilan financier record, l’actualité sportive s’est brusquement détournée du terrain, des stratégies tactiques et des buts inscrits pour se concentrer sur une crise institutionnelle majeure.
Par Rihab Taleb
L’UEFA pour l’Europe, la CONCACAF pour l’Amérique du Nord, la Caraïbe et l’Amérique centrale, ainsi que l’AFC pour l’Asie ont publié une lettre ouverte commune adressée à l’ensemble de la communauté du ballon rond. Signée par les présidents Aleksander Ceferin, Victor Montagliani et Salman Bin Ibrahim Al-Khalifa, cette déclaration dénonce une rupture de confiance fondamentale, accusant Infantino d’exercer un pouvoir autoritaire et d’avoir cherché à se placer au-dessus de l’institution.
Au cœur de la colère se trouve le projet confidentiel nommé FIFA Forward Enterprise . La direction de la FIFA a tenté de créer une filiale commerciale valorisée à 20 milliards de dollars pour y transférer les droits télévisuels et marketing des compétitions majeures, puis d’en vendre environ 20% à des fonds d’investissement privés. Parmi ceux qui étaient impliqués figurait la société Thrive Capital dirigée par Joshua Kushner, l’objectif étant d’injecter immédiatement plus de quatre milliards de dollars. Pour l’ensemble des acteurs du football mondial, privatiser une partie du patrimoine collectif du sport représente un abus de pouvoir inacceptable. Pour tenter d’étouffer la polémique et faire croire à une approbation générale, la FIFA a publié une communication à la suite d’une réunion organisée à Rabat, au Maroc, affirmant que les hauts responsables soutenaient le président. Mais les confédérations ont rapidement démasqué l’opération aucun membre élu du Conseil de la FIFA ni aucun président de fédération n’y avait été convié, la rencontre n’ayant rassemblé que des cadres salariés directement sous contrat avec la FIFA.
Mais l’échec de cette transaction financière est loin d’être la seule faute reprochée au dirigeant suisse. D’autres actes d’une extrême gravité font réagir le monde du sport, à commencer par la dérive survenue lors de la conférence de presse officielle organisée à la veille du coup d’envoi du mondial. Devant les médias internationaux, Gianni Infantino a choisi de démarrer son intervention en montrant une chaise vide installée dans la salle, affirmant qu’elle était réservée au journaliste sportif français Christophe Gleizes, actuellement détenu en Algérie. En réclamant publiquement des gestes politiques pour sa libération, le chef de la FIFA s’est directement immiscé dans le fonctionnement de la justice d’un état souverain, violant le principe de neutralité absolue que sa fonction impose. Ce comportement choque d’autant plus la communauté sportive qu’il contredit totalement l’attitude chaleureuse, les promesses de neutralité et les sourires qu’il affichait lors de sa visite officielle en Algérie quelques mois plus tôt, démontrant un double visage intolérable pour un dirigeant d’une institution internationale.
A ce manquement diplomatique s’ajoute une démission morale totale face aux événements qui ont entaché la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc. Durant la compétition continentale, la gestion globale et les décisions d’arbitrage ont créé de multiples tensions. Le point de rupture a été atteint deux mois après la fin du tournoi, lorsque la Confédération Africaine de Football a pris la décision d’annuler le titre de champion d’Afrique légitimement remporté sur le terrain par le Sénégal pour attribuer la victoire sur tapis vert au pays hôte marocain, sous prétexte que les joueurs sénégalais avaient brièvement interrompu la rencontre en quittant la pelouse. Devant cette annulation d’un résultat sportif et ce déni des règles du jeu, actuellement contesté par la fédération sénégalaise devant le Tribunal Arbitral du Sport, le président de la FIFA avait l’obligation d’intervenir, de faire respecter la vérité du terrain et de rappeler la CAF à l’ordre. En choisissant de fermer les yeux et de garder le silence, Infantino s’est rendu complice d’une injustice flagrante pour préserver ses alliances politiques sur le continent africain.
Le déroulement du mondial 2026 lui-même a été marqué par de multiples dérives qui ont achevé de détruire la crédibilité de la présidence de la FIFA. Les supporters ont protesté contre la hausse exagérée du prix des billets d’entrée aux stades, des arbitres internationaux ont été sanctionnés arbitrairement pour avoir refusé d’obéir à des consignes, un prix de la paix de la FIFA très controversé a été remis au président américain Donald Trump pendant le tournoi, et la commission de discipline est intervenue directement en plein tournoi pour annuler un carton rouge reçu par le joueur américain Folarin Balogun sous la pression des organisateurs locaux. En parallèle, des conseillers de premier plan comme Carlos Cordeiro ont présenté leur démission, tandis que des figures comme Arsène Wenger ou l’ancien international Luis Figo ont publiquement réclamé son départ.
L’accumulation de toutes ces affaires a provoqué un rejet généralisé. Des fédérations nationales majeures comme celles de la Norvège, de l’Angleterre, de la Finlande, de la Suède, du Danemark, du Pays de Galles, de la Grèce ou de la Serbie ont officiellement retiré leur soutien à Gianni Infantino ou réclamé sa démission immédiate. L’alliance inédite entre l’UEFA, la CONCACAF et l’AFC démontre que le mécontentement n’est plus un fait isolé mais une contestation globale. À l’approche de la prochaine élection présidentielle de l’instance internationale, Gianni Infantino apparaît complètement isolé, fragilisé par ses propres choix, face à un monde du football qui refuse désormais de laisser la gestion des compétitions entre les mains d’un seul homme.
R.T
