Réunis à Alger à l’occasion d’un atelier international organisé par l’Académie algérienne des sciences et des technologies (AAST), experts, chercheurs et responsables institutionnels ont débattu de l’impact de l’intelligence artificielle sur le marché du travail. Au cœur des discussions, figuraient l’avenir de l’emploi, l’émergence de nouveaux métiers et l’adaptation de la formation aux mutations technologiques.
Par Yakout Abina
L’intelligence artificielle n’est plus une simple technologie émergente réservée aux laboratoires de recherche ou aux grandes entreprises du numérique. Elle s’impose progressivement dans tous les secteurs d’activité, de l’industrie aux services, en passant par la santé, l’éducation, les transports et l’administration. Cette révolution technologique promet des gains importants de productivité et l’apparition de nouvelles opportunités économiques, mais elle soulève également une question centrale : quel sera son impact sur l’emploi ?
C’est autour de cette problématique que l’Académie algérienne des sciences et des technologies (AAST) a organisé, avant-hier à Alger, une rencontre internationale consacrée au rôle de l’intelligence artificielle dans la reconfiguration du marché du travail. L’événement, accueilli par l’École nationale supérieure de l’intelligence artificielle (ENSIA), a réuni experts, chercheurs, universitaires et responsables institutionnels afin de réfléchir aux transformations en cours et à leurs conséquences sur les métiers de demain.
Lors de la cérémonie d’ouverture à laquelle ont pris part la ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, Nacima Arhab, et la ministre, Haut-Commissaire à la numérisation, Meriem Benmouloud, le président de l’AAST, Mohamed Hichem Kara, a souligné que l’intelligence artificielle avait désormais dépassé le stade de la recherche scientifique pour devenir une véritable force économique.
Selon lui, les bouleversements engendrés par cette technologie imposent une adaptation continue des compétences afin de répondre aux nouvelles exigences du marché du travail.Il a rappelé que l’Algérie avait choisi d’adopter une approche anticipative à travers plusieurs initiatives destinées à préparer le pays à cette transition, conformément aux orientations du président de la République, M.Abdelmadjid Tebboune, notamment à travers la création de l’École nationale supérieure de l’intelligence artificielle (ENSIA).
Au-delà des avancées technologiques, l’intelligence artificielle soulève de nombreuses interrogations concernant l’avenir du travail. Dans de nombreux pays, les outils d’automatisation sont déjà capables d’exécuter certaines tâches administratives, comptables, logistiques ou encore de service à la clientèle. Cette évolution fait craindre une réduction du nombre d’emplois dans plusieurs secteurs, notamment pour les tâches répétitives ou facilement automatisables.
Les organisations internationales estiment toutefois que l’IA ne se traduira pas uniquement par des suppressions d’emplois comme lors des précédentes révolutions industrielles. Elle devrait également favoriser l’émergence de nouveaux métiers liés à la gestion des données, au développement d’algorithmes, à la cybersécurité, à l’analyse numérique ou encore à l’encadrement éthique des systèmes intelligents. Le principal défi réside ainsi dans la capacité des travailleurs à acquérir de nouvelles compétences afin de s’adapter à ces transformations.
C’est précisément dans cette perspective que la ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels a insisté sur la nécessité d’anticiper l’évolution des métiers. Selon elle, les travaux de cet atelier doivent permettre d’identifier les nouvelles professions qui devront être intégrées dans les nomenclatures de la formation professionnelle afin d’améliorer l’employabilité des jeunes.
Parallèlement, il s’agit également de repérer les métiers menacés de disparition ou nécessitant une profonde refonte des programmes de formation. Pour les spécialistes, l’enjeu dépasse largement le cadre technologique. Il concerne la capacité du système éducatif à préparer les nouvelles générations à exercer des métiers qui n’existent parfois pas encore aujourd’hui.
De son côté, Meriem Benmouloud a mis en avant les avancées réalisées par l’Algérie dans le domaine de la transformation numérique et de la gouvernance des données. Elle a notamment rappelé la participation du pays à la création de l’Organisation mondiale pour la gouvernance de l’intelligence artificielle et souligné l’importance du décret présidentiel consacrant les données comme un actif stratégique de l’État.
Au-delà des aspects technologiques, l’atelier scientifique met ainsi en lumière une réalité devenue incontournable à savoir que l’intelligence artificielle transformera profondément le monde du travail. La véritable question n’est plus de savoir si cette mutation aura lieu, mais comment préparer les travailleurs à cette nouvelle réalité. Entre risques de chômage, besoins de reconversion et émergence de nouveaux métiers, la formation apparaît plus que jamais comme la clé pour faire de cette révolution numérique une opportunité plutôt qu’une menace.
Y.A
