Au Cameroun, des arbres centenaires dépérissent après avoir été dépouillés de leur écorce. Dans les forêts du Centre et du Sud, ces prélèvements alimentent un commerce destiné notamment aux marchés urbains et à la médecine traditionnelle. Des agents des Eaux et forêts alertent sur les conséquences de cette pratique pour les arbres et la biodiversité.
Par Chaimaa Sadou
Dans les forêts denses de Ngomedzap, dans le département du Nyong-et-So’o, certains grands arbres portent les traces d’un prélèvement particulièrement destructeur. Leur écorce est retirée à la machette sur une large partie du tronc, parfois sur toute sa circonférence, de la base jusqu’à plus de deux mètres de hauteur. L’aubier ainsi exposé devient vulnérable aux champignons et aux insectes.
Face à cette situation, le sergent Olivier MbaOssima, agent des Eaux et forêts à Ngomedzap, évoque une situation préoccupante. Selon lui, l’écorçage excessif constitue une forme de surexploitation et peut entraîner la mort des arbres.
La technique utilisée, appelée annélation, consiste à pratiquer deux entailles verticales avant de retirer une large plaque d’écorce. Lorsqu’elle fait tout le tour du tronc, elle endommage le phloème, qui assure notamment le transport des substances produites par les feuilles vers les autres parties de l’arbre. La circulation de ces substances vers les racines est alors perturbée. L’arbre puise progressivement dans ses réserves pour continuer à fonctionner, mais finit par s’affaiblir. L’aubier laissé à découvert devient également plus exposé aux champignons et aux insectes. Selon l’ampleur des prélèvements, l’arbre peut ainsi dépérir en quelques mois et mourir debout, même sans avoir été abattu. À l’inverse, lorsque seule une partie limitée de l’écorce est prélevée, l’arbre peut avoir la capacité de cicatriser et de reconstituer progressivement les tissus endommagés.
Derrière ces prélèvements se trouve un commerce organisé. À Ngomedzap, Séverin Mpem, collecteur et vendeur d’écorces, explique que ses cargaisons sont acheminées vers Yaoundé, Douala et d’autres villes selon les commandes. Quelques kilogrammes de certaines écorces peuvent atteindre 20 000 FCFA, selon l’essence et les propriétés thérapeutiques qui leur sont attribuées.
À Yaoundé, le marché de Mvog-Mbi constitue l’un des points de vente cités dans la dépêche. Des écorces y sont exposées, séchées ou réduites en poudre. Le tradipraticien appelé « docteur Wigli » explique que la demande a augmenté avec le recours aux plantes dans les pratiques de médecine traditionnelle.
Cette demande exerce une pression supplémentaire sur la ressource forestière. L’agent des Eaux et forêts distingue toutefois le prélèvement traditionnel destiné à un usage domestique de l’exploitation commerciale systématique. Un prélèvement limité peut laisser à l’arbre une possibilité de cicatrisation, tandis que l’écorçage sur toute la circonférence compromet sa survie.
La pression touche également certaines essences faisant l’objet de mesures de protection ou de restrictions d’exploitation. Dans la dépêche, le sergent Ossima cite notamment le bubinga, le kosipo, le sapelli et l’ébène. Il alerte sur les conséquences de leur disparition pour la biodiversité. La mort de ces grands arbres peut modifier la couverture forestière et affecter les espèces animales qui dépendent de leur environnement.
Au-delà du commerce des écorces, cette situation rappelle que la dégradation des forêts ne provient pas uniquement des incendies. L’exploitation excessive des ressources peut elle aussi fragiliser durablement les écosystèmes. Le contrôle des circuits commerciaux, la sensibilisation des populations et des pratiques de prélèvement plus durables apparaissent ainsi essentiels pour préserver les forêts camerounaises et leurs ressources pour les générations futures.
C.S
