
Le secrétaire américain des Finances, Scott Bessent, et le vice-premier ministre chinois, He Lifeng, se sont réunis pour une longue journée de négociations, en présence du représentant au commerce de la Maison-Blanche, Jamieson Greer. Ces pourparlers stratégiques ont pour objectif de préparer le terrain et baliser le chemin avant la visite officielle et la rencontre très attendue entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping.
Par Rihab Taleb
Scott Bessent a rappelé sa volonté d’avoir des échanges constructifs. L’enjeu principal est de réussir à prolonger la trêve commerciale conclue l’an dernier après une longue période de taxes punitives réciproques, une trêve qui doit expirer au mois de novembre. Les Américains veulent également s’assurer que la Chine ne bloquera pas l’accès aux terres rares, ces métaux indispensables pour fabriquer des voitures, des téléphones et du matériel militaire. En parallèle, les discussions abordent d’autres sujets, comme la guerre financière menée par les États-Unis contre l’Iran, un pays que la Chine soutient diplomatiquement et dont elle achète une grande partie du pétrole. Pour surmonter ces différends et renouer le dialogue au plus haut sommet, les deux puissances tentent de refermer une longue période de turbulences économiques.
Cette situation de tension permanente, qui a longtemps inquiété les marchés et perturbé l’économie de la planète entière, ne s’est pas produite par hasard. Elle est le fruit d’une longue histoire faite d’espoirs, de grands changements industriels et de désaccords profonds qui se sont accumulés au fil des décennies. Comment le commerce mondial a-t-il basculé de l’amitié vers le conflit ?
Pour répondre à cette question, il faudrait remonter dans le temps et observer comment ces deux géants ont construit leurs relations. Il y a cinquante ans, les relations entre les États-Unis et la Chine étaient pourtant très différentes et pleines d’optimisme. Au cours des années 1970, et surtout à partir de l’année 1979, où les deux pays ont officialisé leurs liens diplomatiques, les dirigeants américains ont fait un pari sur l’avenir. Ils se sont dit qu’en aidant la Chine à s’ouvrir au commerce avec le reste du monde, le pays allait devenir de plus en plus riche et qu’il finirait par ressembler aux démocraties occidentales, en adoptant les règles du capitalisme et le respect des libertés.
Ce grand pari a connu son moment le plus fort en l’an 2001, lorsque la Chine est entrée officiellement dans l’Organisation mondiale du commerce. À partir de ce moment-là, tout a changé dans l’industrie mondiale. La Chine est devenue rapidement l’atelier du monde entier, attirant des usines par milliers grâce à une main-d’œuvre très nombreuse et beaucoup moins chère qu’en Occident. Les magasins du monde entier ont alors été remplis de produits à des prix très bas. Pour les familles américaines et européennes, c’était une excellente nouvelle pour le portefeuille, mais pour les ouvriers et les usines des pays occidentaux, cela a été le début d’une catastrophe, avec des milliers de fermetures d’usines et des pertes d’emplois.
Au fil du temps, les dirigeants des États-Unis ont réalisé que leur pari n’avait pas fonctionné comme prévu. La Chine n’est pas devenue une démocratie libérale, et elle a utilisé les règles du commerce mondial tout en protégeant son propre marché grâce à un État très puissant qui aide ses entreprises. Les États-Unis ont commencé à accuser Pékin de tricher, notamment en volant des secrets industriels, en obligeant les entreprises étrangères à donner leurs technologies pour pouvoir travailler en Chine et en aidant ses propres entreprises avec des sommes d’argent colossales pour qu’elles écrasent la concurrence.
Le moment précis où la guerre commerciale a éclaté au grand jour s’est produit en l’année 2018. Sous la direction du président américain Donald Trump et de son administration, les États-Unis ont décidé de changer totalement de méthode et de passer à l’attaque. Estimant que le déficit commercial était devenu beaucoup trop grand et que les pratiques chinoises étaient inacceptables, l’administration Trump a décidé d’utiliser l’arme des taxes douanières. En juillet 2018, les États-Unis ont commencé à taxer lourdement des milliards de dollars de marchandises qui venaient de Chine. Bien évidemment, la Chine n’est pas restée les bras croisés et a immédiatement appliqué des taxes de retour sur les produits américains, comme le soja ou le maïs, déclenchant ainsi une véritable spirale de représailles.
Depuis cette date de 2018, le conflit n’a jamais vraiment cessé. Il est même devenu beaucoup plus grave, puisqu’il ne concerne plus seulement des marchandises ordinaires comme des vêtements ou des jouets, mais touche les technologies du futur. Aujourd’hui, les États-Unis et la Chine se rivalisent pour le contrôle des puces électroniques, des ordinateurs surpuissants, de l’intelligence artificielle et de la transition écologique. Même si les deux pays ont parfois signé de petites trêves pour calmer le jeu, la rivalité est devenue la nouvelle habitude du commerce international.
Les grandes entreprises et les gouvernements ont compris qu’il était trop risqué de fabriquer tous leurs produits dans un seul pays lointain. Ils décident donc de ramener les usines plus près de chez eux ou de changer de fournisseurs pour se protéger. C’est la fin d’une époque où le commerce mondial fonctionnait sans frontières, et le début d’une nouvelle ère où la politique et la rivalité entre superpuissances dictent la loi de l’économie.
R.T
