Innovation technologique au service de l’éducation inclusive au Kenya/Des  robots pour traduire la parole en langue des signes

Selon la Kenya Society for Deaf Children, association dédiée aux enfants sourds, près de 300 000 enfants de ce pays d’Afrique de l’Est souffrent d’un handicap auditif, mais seulement 20 000 d’entre eux étaient inscrits à l’école en 2024.

Par Malika Azeb

Afin d’améliorer l’intégration des enfants sourds et malentendants, une jeune ingénieure kenyane, Norah Kimathi, a mis en place la startup ZeroBionic, spécialisée dans le matériel informatique. Créée en 2023, la startup fabrique des robots humanoïdes alimentés par l’intelligence artificielle, conçus pour traduire la langue parlée en langue des signes en temps réel. Une démonstration menée dans une école pour élèves sourds à Nairobi montre les ambitions de ZeroBionic, qui œuvre à faciliter l’apprentissage des élèves sourds aux côtés de leurs camarades entendants.

L’accès à l’enseignement constitue ainsi un enjeu majeur, particulièrement dans les matières scientifiques, technologiques, d’ingénierie et de mathématiques (STEM), où le vocabulaire spécialisé fait souvent défaut en langue des signes.

À l’école secondaire Treeside pour les sourds de Kasarani, à Nairobi, les élèves ont pu observer les capacités du dispositif, notamment son aptitude à reproduire des mouvements des mains, des poignées de main ou encore l’épellation digitale. Le système est également conçu dans l’autre sens : grâce à un écran intégré au torse du robot humanoïde développé par l’entreprise, les élèves peuvent poser des questions en langue des signes et transmettre leurs réponses sous forme vocale à l’enseignant. Revêtus d’une combinaison de capture de mouvements, spécialement importée au Kenya par ZeroBionic, des professeurs sourds enregistrent des signes en langue des signes anglaise, américaine et kenyane, destinés à constituer une base de données de termes scientifiques, techniques ou mathématiques, en vue d’élargir progressivement le vocabulaire disponible. Pour les enseignants, l’enjeu dépasse la simple traduction : en physique, certains concepts demeurent difficiles à exprimer faute de signes adaptés, et la technologie pourrait ainsi contribuer à rendre des notions jugées trop abstraites ou techniques plus accessibles aux élèves.

La tâche est particulièrement complexe en raison de l’absence, selon Norah Kimathi, d’une base de données africaine standardisée de langue des signes. L’équipe affirme avoir dû constituer ses ressources à partir de zéro, dans un contexte où certains enfants sourds utilisent encore des signes informels ou propres à leur entourage.

Les prototypes sont fabriqués dans le laboratoire de la start-up à Nairobi, notamment à l’aide d’imprimantes 3D et de matériaux recyclés, afin de contenir les coûts et de limiter l’impact environnemental. Selon la startup, chaque bras coûte environ 350 dollars et peut fonctionner jusqu’à deux ans ; actuellement, les dispositifs sont utilisés dans 78 écoles kényanes, avec un taux de précision annoncé de 92 % pour la traduction parole-signes. Pour les élèves qui ont assisté aux démonstrations, l’innovation nourrit surtout l’espoir d’une plus grande autonomie. Au-delà de l’outil pédagogique, ZeroBionic veut ainsi faire de la robotique un moyen de réduire les barrières linguistiques qui continuent de limiter l’accès des enfants sourds à l’éducation au Kenya. Norah Kimathi estime que les résultats obtenus à travers l’utilisation de ces robots valent toutes les longues heures passées au laboratoire, en déclarant : « On sait qu’on va créer un sourire sur le visage de quelqu’un. »

M.A

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