Quand les animaux protègent l’environnement/Une expérience sud africaine à méditer

Au Cap, en Afrique du Sud, le domaine Vergenoegd-Louw mise sur une approche naturelle de l’entretien viticole grâce à un véritable bataillon animalier. Canards coureurs, bovins et moutons participent au désherbage, à la fertilisation et à la lutte contre certains ravageurs, dans une démarche d’agriculture régénérative qui vise à préserver les sols et la biodiversité. Une méthode naturelle, fondée sur l’observation des comportements animaux, qui intéresse d’autres exploitants dans la région viticole du Cap. Cette initiative illustre concrètement la possibilité d’une agriculture moderne davantage respectueuse des équilibres naturels.

 

Par Chaïmaa Sadou

 

Le domaine Vergenoegd-Louw, situé aux portes du Cap, illustre parfaitement cette approche où les processus naturels sont directement intégrés à la gestion du vignoble. Plutôt que de recourir systématiquement aux pesticides, aux désherbants chimiques, aux engrais de synthèse ou aux moyens mécaniques, l’exploitation viticole a fait le choix de mettre les animaux au service de l’entretien du vignoble. Cette approche repose sur l’utilisation des comportements instinctifs et des régimes alimentaires spécifiques de chaque espèce animale, créant ainsi un cycle complémentaire. Le travail biologique contribue à réduire certains intrants chimiques et la mécanisation, tout en favorisant un entretien plus durable du terroir.

 

La première ligne de défense contre certains ravageurs est assurée par plus d’un millier de canards coureurs indiens. Ces volatiles, originaires d’Asie du Sud-Est, parcourent méthodiquement les rangs de vignes à la recherche notamment d’escargots et d’autres organismes nuisibles, comme l’explique Christiaan Cloete, responsable du domaine. Leur comportement naturel leur permet de participer à la lutte biologique et de contribuer à réduire le recours aux insecticides. Cette pratique rappelle l’utilisation ancienne de canards dans certaines rizières asiatiques, où ils peuvent participer au contrôle de certains ravageurs et de certaines plantes indésirables. Adaptée au contexte viticole sud-africain, cette méthode permet ainsi d’intégrer les animaux au fonctionnement de l’exploitation tout en favorisant la biodiversité.

 

Les bovins occupent également une place centrale dans ce dispositif écologique en jouant le rôle de faucheuses naturelles. Ces ruminants broutent les cultures de couverture tant qu’elles demeurent suffisamment hautes, contribuant ainsi au contrôle de la végétation entre les rangs. Parallèlement, leurs déjections apportent de la matière organique au sol. Une fois cette végétation diminuée à mi-hauteur, environ deux cents moutons entrent en scène et prennent le relais dans certaines zones. Ces ovins pâturent l’herbe plus rase et contribuent à limiter les mauvaises herbes, particulièrement durant la période hivernale où leur présence participe à l’entretien des parcelles.

 

Cette collaboration entre espèces s’inscrit dans une démarche d’agriculture régénérative, une pratique agricole qui cherche à mieux s’appuyer sur les mécanismes naturels et les équilibres des écosystèmes. Contrairement aux méthodes reposant fortement sur l’usage répété de produits chimiques, cette approche cherche notamment à préserver la vie microbienne du sol, sa structure et la biodiversité. Milan Germishuizen, garde forestier spécialisé en écologie au domaine, souligne l’intérêt de cette complémentarité entre les animaux et le vignoble, qui contribue à maintenir des sols vivants et sains tout en favorisant une production viticole durable. L’objectif est ainsi de préserver les ressources naturelles sans renoncer à l’activité agricole.

 

L’intérêt de cette initiative ne passe pas inaperçu dans la région viticole du Cap. Une dizaine d’autres domaines viticoles sud-africains auraient également recours à des techniques de pâturage, tandis que l’utilisation des canards coureurs s’est développée dans certaines exploitations, particulièrement pendant les mois d’hiver, selon les constats de Christiaan Cloete. Cette évolution montre qu’une agriculture productive et performante peut aussi intégrer davantage la préservation des équilibres naturels, en associant les pratiques agricoles aux fonctions assurées par les animaux et les autres éléments de l’écosystème. Une démarche qui offre une autre manière d’envisager l’entretien des vignobles.

 

L’expérience menée par le domaine Vergenoegd-Louw offre ainsi un exemple intéressant pour l’agriculture contemporaine. En confiant une partie de l’entretien des vignes à des espèces animales aux fonctions complémentaires, l’exploitation cherche à concilier production agricole et préservation des ressources naturelles. Les canards, les bovins et les moutons deviennent ainsi de véritables auxiliaires du vignoble, chacun intervenant selon ses aptitudes naturelles.Une démarche qui rappelle que la durabilité agricole peut aussi passer par une meilleure utilisation des équilibres naturels et par la préservation des sols pour les générations futures.

 

C.S

 

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