Epidémies/L’Ouganda, un rempart contre Ebola ?

En République démocratique du Congo, Ebola continue de faire des victimes dans un contexte marqué par l’insécurité et la défiance. En Ouganda, les autorités ont réussi à interrompre rapidement plusieurs flambées grâce à une surveillance étroite et une réaction précoce. La comparaison montre surtout qu’une riposte rapide, une surveillance efficace et l’adhésion des populations peuvent faire la différence face à une épidémie.

 

Par Chaimaa Sadou

 

Cette différence s’explique d’abord par la rapidité de la riposte. L’Ouganda peut s’appuyer sur une longue expérience des épidémies d’Ebola. Lors de sa flambée de 2022, provoquée par le virus de type Soudan, le pays avait suivi plus de 4 000 personnes exposées et déclaré l’épidémie terminée en moins de quatre mois. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait alors souligné le rôle essentiel de la surveillance, du traçage des contacts et surtout de la participation active des communautés.

 

Cette expérience a été réutilisée lors de la flambée ougandaise de 2025. Dès la confirmation du premier cas, les autorités ont activé leurs équipes d’intervention rapide, renforcé les laboratoires, isolé les malades et recherché systématiquement les personnes contacts. Au total, 534 contacts ont été identifiés et suivis. L’épidémie, qui avait compté 14 cas dont quatre décès, a été déclarée terminée le 26 avril 2025, après 42 jours sans nouveau cas.

 

En République démocratique du Congo, la situation est bien plus complexe. Dans l’Est du pays, les équipes médicales travaillent dans des zones ravagées par les violences des groupes armés. Les interventions sont fréquemment interrompues et les agents de santé restent exposés à des risques constants. À cela s’ajoutent la méfiance des populations, les rumeurs persistantes et parfois le recours aux soins à domicile. Face à Ebola, le moindre retard peut favoriser une nouvelle chaîne de transmission. L’OMS a documenté l’impact de l’insécurité et de la défiance sur les opérations sanitaires dans l’Est congolais.

 

Les chiffres de la dépêche illustrent cette difficulté : plus de 2 000 décès pour 4 381 cas confirmés, avec une létalité proche de 46 %. La transmission intervient notamment lors des contacts avec les fluides corporels des malades. Les soins sans protection et certains contacts avec les dépouilles lors des funérailles peuvent également favoriser la propagation du virus. Un malade non identifié rapidement peut ainsi contaminer son entourage et favoriser de nouvelles chaînes de transmission.

 

Une autre difficulté tient à la nature du virus. La flambée est liée au virus de type Bundibugyo, distinct du virus Ebola de type Zaïre contre lequel le vaccin Ervebo est homologué. Les chercheurs ont retrouvé des liens génétiques entre des cas en RDC et en Ouganda, renforçant l’importance de la surveillance aux frontières et du partage d’informations entre les deux pays.

 

La réussite ougandaise ne tient donc pas à une quelconque solution miracle. Elle repose sur des capacités construites au fil des épidémies. La RDC a elle aussi montré qu’une mobilisation massive pouvait contenir Ebola : lors de l’épidémie de 2018-2020, plus de 303 000 personnes avaient été vaccinées et des centaines de milliers de contacts suivis. Mais l’expérience congolaise montre surtout qu’un système de santé ne peut agir pleinement lorsque la guerre, la méfiance et les difficultés d’accès aux soins entravent les équipes.

 

La leçon est simple : contre Ebola, il faut agir avant que le virus ne prenne de l’avance. Détecter rapidement, isoler, soigner, suivre les contacts et convaincre les habitants sont les piliers de la riposte. La confiance des populations est une arme de santé publique, aussi importante que les laboratoires et les traitements. Au-delà des bilans, Ebola rappelle que la santé publique est un bien collectif. Investir dans l’éducation et l’information des familles, c’est préparer une société plus résiliente face aux crises sanitaires et consolider durablement cette confiance, sans laquelle aucun rempart sanitaire ne peut tenir.

C.S

 

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