Dans le sud du Cameroun, des plantations de cacao sont implantées au sein de forêts communautaires selon un modèle agroforestier associant cacaoyers, arbres indigènes et espèces fruitières. À Mintom, cette cohabitation, encadrée par des règles locales et des plans de gestion, soutient les revenus des populations tout en contribuant à la régulation du climat. Une organisation désormais confrontée à des exigences accrues de traçabilité et de lutte contre la déforestation.
Par Chaimaa Sadou
À Mintom, dans le sud du Cameroun, la forêt ne cache pas seulement une richesse écologique. Sous la canopée dense de cette partie du bassin du Congo, elle abrite aussi des plantations de cacao intégrées à des systèmes agroforestiers. Vue du ciel, la végétation donne l’image d’une forêt équatoriale continue. Au sol, pourtant, des cacaoyères se fondent dans la couverture arborée, comme celle d’Armand Ze Minko, à Zoebefam-Mintom, près de la Réserve de faune du Dja.
Cette plantation de 7,5 hectares se situe dans la forêt communautaire de l’Association Bantou-Pygmées de Zoebefam-Mintom (ABAPY), un espace de 5 000 hectares appartenant aux communautés bantoues et aux autochtones Baka. À Mintom, la présence des cacaoyères s’inscrit ainsi dans un paysage où les cacaoyers cohabitent avec de grands arbres forestiers, des essences locales et des arbres fruitiers.
Mintom est d’ailleurs présenté comme un important bassin cacaoyer. Selon Rainforest Alliance, l’arrondissement compte treize forêts communautaires. Une coopérative locale certifiée par l’organisme américain, la Société coopérative simplifiée des producteurs de cacao de Mintom (SCOOPS PROCAM), regroupe 167 producteurs. D’après les données citées par l’organisation, les plantations géolocalisées appartenant à ces producteurs se trouvent dans des forêts communautaires.
Cette situation soulève toutefois des interrogations, notamment lorsque les cacaoyères se trouvent dans des espaces dont le statut prévoit la protection de l’intégrité forestière. À Mintom, les acteurs locaux rappellent que, dans de nombreux cas, les plantations existaient avant la création des forêts communautaires. La présence des champs déjà installés aurait ainsi été prise en compte lors de la mise en place de ces espaces.
Des cacaoyères plus anciennes que les forêts
Selon des responsables communautaires et des acteurs locaux interrogés par Mongabay, une grande partie des cacaoyères de la zone a plus de quarante ans. Lors de la délimitation des forêts communautaires, les champs déjà présents auraient donc été pris en compte dans les plans de gestion. Ces documents encadrent les différentes activités autorisées dans l’espace forestier, notamment l’agriculture et l’exploitation des ressources.
Autour des cacaoyères, les jachères exploitées par les femmes pour les cultures vivrières occupent aussi une place importante. Manioc, maïs ou arachide complètent les activités agricoles locales. Cette gestion intégrée repose sur des accords définis par les communautés elles-mêmes et inscrits dans les plans simples de gestion des forêts communautaires.
Dans les faits, les règles de coexistence sont précises. Lorsqu’un arbre situé dans une plantation doit être abattu, l’accord du producteur est requis. Si une coupe forestière provoque un dommage dans une cacaoyère, une part des revenus tirés de l’arbre, fixée à 10 %, revient au planteur. Ce mécanisme permet notamment de prendre en compte les dégâts susceptibles d’être causés à la plantation lors d’une exploitation forestière.
Pour le juriste environnementaliste Alain Fabrice Mfoulou, membre de l’ONG camerounaise Green DevelopmentAdvocates, cette cohabitation ne constitue pas en soi une incompatibilité avec la loi camerounaise, à condition que l’agriculture soit prévue dans le plan simple de gestion de la forêt communautaire. Selon lui, ce modèle présente également un intérêt économique pour les communautés, tout en permettant de conserver des essences utiles à la pharmacopée et à la collecte de produits forestiers non ligneux.
Au-delà de l’économie locale, l’intérêt environnemental de ces agroforêts à base de cacao apparaît également important. Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) classe la zone de Mintom parmi les paysages agroforestiers « hautement diversifiés ». Les cacaoyers y sont associés à une forte présence d’arbres forestiers, qui participent au fonctionnement de ces systèmes agricoles.
Vivre ensemble oui, mais gare aux parasites !
Elle recommande ainsi, dans le cadre de ses critères de certification, de maintenir une proportion importante d’arbres d’ombrage dans les agroforêts cacaoyères. L’organisation recommande une présence d’au moins 40 % d’arbres d’ombrage, avec des espèces indigènes, des arbres fruitiers et d’autres essences présentant un intérêt pour les sols ou les communautés. Certaines espèces doivent toutefois être limitées. C’est notamment le cas des manguiers, dont une forte densité peut favoriser la transmission de certaines maladies aux cacaoyers.
La présence de ces arbres joue également un rôle dans la régulation du climat à l’échelle des plantations. Ils captent et stockent du carbone, tandis que leur feuillage et leur présence contribuent à maintenir les conditions nécessaires au fonctionnement des agroforêts. Les feuilles qui tombent au sol forment par ailleurs une litière qui participe à la fertilité des sols et les aide à résister à l’érosion.
Cette complémentarité entre cacaoyers et arbres forestiers permet ainsi d’augmenter les stocks de carbone présents dans les systèmes agroforestiers. Les arbres, qui peuvent stocker davantage de carbone que les cacaoyers, jouent à ce titre un rôle important dans les efforts d’atténuation des effets du changement climatique.
Des précautions restent toutefois nécessaires. Le choix des arbres associés aux cacaoyers doit tenir compte de leurs caractéristiques et de leur influence sur les plantations. L’objectif est de maintenir une diversité végétale utile sans compromettre la santé des cacaoyers. À Mintom, l’agroforesterie repose donc sur une coexistence organisée entre production agricole et maintien d’arbres forestiers.
Cette question devient d’autant plus sensible que les marchés internationaux exigent désormais davantage de garanties sur l’origine et la légalité du cacao. Le ministère camerounais des Forêts et de la Faune a ainsi engagé, fin juillet 2026, un inventaire des plantations cacaoyères situées dans les forêts classées et les forêts communautaires. L’objectif affiché est de renforcer les éléments attestant la légalité des plantations et de répondre aux exigences du marché européen, notamment celles du Règlement de l’Union européenne sur les produits exempts de déforestation (RDUE).
Pour les communautés de Mintom, cette évolution ajoute un nouvel enjeu à la gestion des plantations : pouvoir démontrer l’origine et la légalité des espaces consacrés au cacao. Le recensement engagé par les autorités doit ainsi contribuer à mieux documenter la situation des plantations présentes dans les forêts communautaires et classées.
À Mintom, l’expérience observée montre qu’une autre organisation de la cacaoculture est possible. Lorsque les communautés définissent des règles de gestion, que les plantations conservent une partie importante de leur couvert arboré et que les fonctions écologiques de la forêt sont prises en compte, le cacao peut s’inscrire dans un système agroforestier conciliant plusieurs usages de l’espace.
L’exemple de Mintom illustre ainsi une forme d’agriculture où les revenus issus du cacao peuvent coexister avec le maintien d’arbres forestiers et de ressources utiles aux populations. Dans un contexte marqué par le changement climatique et par le renforcement des exigences de traçabilité, cette expérience rappelle surtout que la production agricole et la préservation des écosystèmes doivent être pensées ensemble. À condition d’être correctement encadrée et documentée, l’agroforesterie peut contribuer à maintenir cet équilibre entre activité économique, gestion communautaire et protection du couvert forestier.
C.S
