
La vente facile des armes à feu provoque de grands dangers partout dans le monde. Le 7 août 2026, en Thaïlande, une fusillade dans la banlieue de Bangkok a fait au moins huit morts. En Asie comme aux États-Unis, le problème ne se résume pas à la question de « qui a le droit d’acheter un pistolet ». Il s’agit surtout de comprendre comment la simple présence de ces armes transforme un moment de tristesse ou de colère en massacre.
Par Rihab Taleb
En Thaïlande, le gouvernement veut modifier la loi. Après l’attaque d’août 2026, le Premier ministre a annoncé un projet législatif. Celui-ci prévoit d’interdire le port d’armes dans la rue aux citoyens, afin de réserver leur usage aux seuls policiers et militaires en service. Il prévoit aussi de limiter la durée des permis et d’imposer un certificat médical, destiné à évaluer la santé mentale des acheteurs.
Le pays compte plus de dix millions d’armes pour ses habitants. Cela représente environ quinze armes pour cent personnes, un chiffre parmi les plus élevés en Asie du Sud-Est. Le danger majeur vient du marché noir : sur ces dix millions d’armes, près de quatre millions seraient illégales et circuleraient sans contrôle suffisant de la police. Cette masse d’armes alimente régulièrement des attaques graves au quotidien.
Plusieurs drames illustrent cette réalité. En octobre 2022, une attaque dans une garderie d’enfants a fait trente-six morts, dont vingt-deux enfants. En octobre 2023, une fusillade dans un grand magasin de Bangkok a tué deux personnes, à cause d’un garçon de quatorze ans. En août 2026, un autre jeune de quatorze ans a tué ses grands-parents avant de tirer dans une école située près de la capitale, faisant cinq victimes supplémentaires avant de se suicider.
Or, il existe peu de chiffres officiels, même si les attaques surviennent souvent dans les rues et sont peu relayées par la télévision. Une des raisons évoquées est la volonté de protéger le tourisme, qui rapporte beaucoup d’argent. Si les touristes savaient qu’une personne armée peut tirer à tout moment dans la rue, ils auraient peur et viendraient moins en vacances. Ce silence donne l’impression que le pays est calme, mais la réalité est beaucoup plus inquiétante.
Le certificat médical ne suffit pas
Le gouvernement prévoit d’obliger les personnes à passer un examen médical, afin de vérifier leur santé mentale avant l’achat d’une arme. Toutefois, cette mesure ne garantit pas réellement la protection de la population. Un examen ne fait qu’évaluer l’état de la personne au moment précis de la consultation.
Une personne déclarée en bonne santé mentale le jour du rendez-vous peut connaître de graves difficultés quelques mois ou quelques années plus tard. Elle peut perdre son travail, perdre ses moyens financiers ou être submergée par le deuil. Dans ces instants de désespoir ou de colère, si une arme se trouve à portée de main, un simple coup de tête peut immédiatement devenir un drame. Un certificat médical ne peut pas prévoir les moments de fragilité que peut traverser un être humain.
Aux États-Unis, acheter une arme à feu peut ressembler à l’achat d’un objet du quotidien. Les armes sont vendues dans des magasins spécialisés, des supermarchés de sport ou lors de foires. Les clients disposent d’un vaste choix : du petit pistolet jusqu’au fusil automatique, capable de tirer de nombreuses balles en quelques secondes.
Dans ce pays, il y a davantage d’armes que d’habitants : plus de cinq cents millions d’armes pour environ trois cent trente-cinq millions d’Américains. Une telle facilité d’accès entraîne chaque année des dizaines de milliers de morts par meurtre, accident ou suicide.
Les statistiques montrent l’ampleur du problème. Pour l’année 2025, le pays aurait compté plus de quarante mille personnes touchées par des balles, soit environ quatorze mille six cents morts par meurtre ou accident, et près de vingt-quatre mille suicides par arme à feu. Le pays a également connu plus de quatre cents fusillades de masse, c’est-à-dire des attaques où au moins quatre personnes sont touchées. Pour 2026, sur les sept premiers mois seulement, le nombre de fusillades de masse dépasse déjà deux cent vingt-huit attaques. Ces tirs frappent dans des écoles, des magasins, des églises ou des fêtes, souvent au hasard.
L’étude des auteurs de ces fusillades révèle fréquemment des traits similaires. Il s’agit presque toujours de jeunes hommes : des adolescents ou de jeunes adultes âgés d’environ quinze à trente ans. Ils vivent très isolés, ont peu ou pas d’amis, se sentent rejetés et nourrissent une colère profonde envers l’école, le travail ou la société. Ils pensent que tout le monde est contre eux et veulent se venger. Certains tireurs s’intéressent aussi aux actes d’anciens auteurs de massacres : ils lisent leurs récits et cherchent à reproduire leur geste, pour devenir célèbres et passer à la télévision.
Enfin, beaucoup de ces personnes savent qu’elles mourront pendant l’attaque. Elles ne cherchent pas forcément à fuir : elles veulent faire le plus de mal possible autour d’elles avant de se tuer, ou d’être tuées par la police. Un événement déclencheur, souvent banal — une dispute, la perte d’un emploi — sert parfois simplement de détonateur.
Que ce soit en Thaïlande ou aux États-Unis, où les armes peuvent être achetées facilement, le mécanisme reste le même. C’est la présence facile et anodine des armes qui crée le danger. Tant que les gouvernements se contenteront de règles limitées, sans réduire le nombre d’armes dans le pays, un moment de désespoir ou de colère suffira encore à déclencher des massacres.
R.T
