Dans son allocution au 8e Sommet des chefs d’Etat de Gouvernement des pays exportateurs de gaz / Le président Tebboune plaide pour un marché stable et équitable

 

 

 

  Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a adressé une allocution aux participants au 8e Sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), dont les travaux se sont ouverts, mardi à Moscou (Russie), lue par le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb. En voici la traduction APS :

 

“Au nom de Dieu, Clément et Miséricordieux,

Prière et paix sur le plus noble des Messagers,

– Monsieur Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie,

– Majestés, Excellences et Altesses, chefs d’Etat et de Gouvernement,

– Monsieur le Secrétaire général du Forum des pays exportateurs de gaz,

– Messieurs les chefs de délégations,

– Mesdames et Messieurs,

Il m’est particulièrement agréable, en préambule de mon allocution, d’adresser au Président Vladimir Poutine mes plus hautes marques d’estime et mes remerciements pour l’accueil chaleureux et la généreuse hospitalité réservés à la délégation algérienne depuis son arrivée dans la prestigieuse ville de Moscou, qui accueille aujourd’hui une nouvelle étape de notre action commune.

Deux années se sont écoulées depuis que l’Algérie a eu l’honneur d’accueillir le 7e Sommet, couronné par la Déclaration d’Alger, que nous évoquons avec fierté pour son rôle dans la consécration de la place stratégique du gaz naturel dans le système mondial de sécurité énergétique, tout en nous réjouissant de voir ses principes devenir une réalité tangible.

Alors que l’Algérie passe le flambeau de la présidence du Sommet à la Fédération de Russie amie, elle lui souhaite plein succès dans sa mission.

Notre Sommet se tient alors que notre Forum célèbre le 25e  anniversaires de sa création, une période durant laquelle sa vision prospective est devenue une référence internationale reconnue et sa voix s’est imposée dans l’équation énergétique mondiale.

Le Forum a renforcé ses capacités grâce à la création de l’Institut de recherche sur le gaz (GRI), l’Algérie n’ayant ménagé aucun effort, en sa qualité de pays hôte, pour mettre à disposition tous les moyens nécessaires afin d’en assurer le bon fonctionnement au service de l’ensemble des membres.

Mesdames et Messieurs,

Nous nous réunissons à un tournant décisif pour les marchés mondiaux de l’énergie. Les crises successives ont révélé la résilience remarquable de l’industrie gazière et démontré que le gaz naturel n’est pas une solution conjoncturelle passagère, mais un socle durable des économies nationales.

Toutefois, cette industrie évolue désormais dans un environnement particulièrement complexe, tiraillée entre les impératifs de sécurité énergétique et les exigences de la transition climatique, sur fond de profondes mutations réglementaires et d’une reconfiguration géopolitique sans précédent.

Tout en affirmant que l’élaboration des politiques énergétiques relève du droit souverain de chaque Etat, nous prévenons que les législations fluctuantes alimentent les perturbations des marchés, freinent les investissements et compromettent la sécurité des approvisionnements.

L’injection de milliards de dollars dans les infrastructures gazières exige des cadres réglementaires stables et une juste valorisation du gaz, notamment dans le cadre des contrats à long terme.

De cette tribune, nous appelons à un dialogue constructif devant aboutir à un cadre réglementaire consensuel, à même de garantir la sécurité des investissements et de les orienter vers les régions qui en ont le plus besoin.

Mesdames et Messieurs,

La transition énergétique que nous appelons de nos vœux ne peut être que juste et progressive, ne doit exclure personne, ni faire supporter aux peuples des pays en développement des charges dont ils ne sont pas responsables, ni opposer leur droit au développement à leur droit de vivre dans un environnement sain.

Dans cette dynamique, le gaz naturel apparaît comme un partenaire naturel des énergies renouvelables, garantissant la stabilité des systèmes électriques, contribuant à la réduction des émissions et évitant le retour à des sources d’énergie plus polluantes.

Il ne constitue pas un obstacle à la transition, mais plutôt un pont permettant d’y parvenir en toute sécurité.

La sécurité énergétique mondiale repose sur un équilibre indissociable : une demande prévisible, des approvisionnements garantis et une juste rémunération, à la hauteur de la valeur de la ressource et du volume des investissements, à même d’assurer la pérennité des approvisionnements et de concilier les impératifs de développement socio-économique avec les objectifs climatiques, en tenant compte du principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités nationales respectives.

Il est impossible de relever ce défi sans la technologie et l’innovation, c’est pourquoi nous appelons notre Forum, à travers le GRI, à jouer un rôle plus approfondi dans la diffusion des technologies de réduction des émissions, de captage, d’utilisation et de stockage du carbone, ainsi que dans l’amélioration de l’efficacité énergétique, en recourant à la numérisation et à l’intelligence artificielle.

Mesdames et Messieurs,

L’Algérie est un pays pionnier dans l’industrie gazière, puisqu’elle a construit, à Arzew en 1964, le premier complexe de liquéfaction du gaz naturel au monde, et figure aujourd’hui parmi les dix premiers producteurs mondiaux de gaz.

Elle est également le deuxième fournisseur de gaz de l’Union européenne par gazoducs et approvisionne plusieurs pays à travers le monde en gaz naturel liquéfié (GNL).

Ces réalisations sont le fruit d’une fiabilité qui n’a jamais failli, même dans les périodes les plus difficiles, et d’un engagement constant à honorer nos obligations.

L’Algérie restera un fournisseur sûr et fiable et continuera d’avancer résolument dans la mise en œuvre d’une stratégie ambitieuse de transition énergétique, en plaçant les énergies propres et renouvelables au cœur de ses priorités pour un essor économique durable.

De plus, afin de concilier notre souveraineté sur nos ressources et les exigences d’un marché mondial en expansion, l’Algérie a lancé de grands projets structurants, à leur tête le projet de Gara Djebilet, l’une des plus importantes réserves de fer au monde, et le projet de phosphate intégré, qui permettent de valoriser les ressources gazières et de renforcer les capacités d’exportation de l’Algérie, tout en contribuant à la sécurité alimentaire mondiale.

Au niveau continental, le projet de gazoduc transsaharien (TSGP), doté d’une capacité d’exportation estimée à 30 milliards de mètres cubes par an, incarne une vision commune d’une Afrique unie et souveraine dans ses décisions, et une coopération Sud-Sud faisant du gaz un levier pour lutter contre la précarité énergétique et réaliser le développement durable.

L’Algérie s’engage à mettre son expertise et ses capitaux au service de la réussite de ce projet.

Mesdames et Messieurs,

L’Algérie est résolument engagée dans une transition énergétique juste et ordonnée, qui concilie les impératifs climatiques, la souveraineté nationale et la sécurité énergétique.

Notre ambition est claire : nous ne subissons pas la transition énergétique, nous en dessinons nous-mêmes les contours, en réduisant l’empreinte carbone de notre industrie, en limitant les émissions de méthane et le torchage du gaz, et en développant le captage du carbone.

Cela apparaît clairement dans le programme national visant à produire 15.000 mégawatts d’énergies renouvelables à l’horizon 2035, doté d’une enveloppe de près de 22 milliards d’euros.

L’Algérie ambitionne également de devenir un acteur majeur de l’hydrogène, grâce au SoutH2 Corridor en cours de réalisation avec les partenaires européens et la Tunisie, pays frère, ce qui permettra à mon pays d’exporter du gaz, de l’électricité, de l’ammoniac et de l’hydrogène, tout en consolidant sa place de pôle énergétique transcontinental.

Mesdames et Messieurs,

La conjoncture actuelle impose de consolider le rôle de notre Forum et de renforcer la coopération entre ses membres afin de garantir la stabilité des marchés et la sécurité des approvisionnements face aux tensions géopolitiques.

De cette tribune, j’appelle à unifier la voix du Forum pour défendre nos intérêts communs et à élargir la présence du gaz sur de nouveaux marchés, dans le cadre de la coopération Sud-Sud.

Alors que nous célébrons un quart de siècle d’action commune, faisons prévaloir une vision unifiée pour les prochaines décennies, placée sous le signe d’un gaz plus sûr et plus propre, d’un marché plus stable et d’un Forum plus présent et plus influent. La responsabilité que nous partageons ne se limite pas aux générations actuelles, mais s’étend aux générations futures, auxquelles nous devons léguer une planète saine, une énergie accessible et un avenir sûr.

En conclusion, je renouvelle mes remerciements au Président Vladimir Poutine et à la Fédération de Russie amie, tout en souhaitant plein succès aux travaux de notre Sommet”.

 

RA/APS

 

 

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