Pour l’Histoire/Le 1er détournement d’avion de toute l’histoire humaine

Il y a soixante-dix ans, le 22 octobre 1956, le monde a été témoin d’un événement inouï qui a profondément secoué la politique internationale. Ce jour-là, un avion civil  de la compagnie marocaine Air Atlas-Air Maroc, quitte la piste de l’aéroport de Rabat au Maroc pour un vol officiel à destination de Tunis. À bord de cet appareil se trouvent cinq figures majeures et historiques de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie et dirigeants du Front de libération nationale: Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider, Mohamed Boudiaf et Mostefa Lacheraf. Ces hommes politiques voyageaient en tant qu’invités officiels du roi du Maroc Mohammed IV.

 

Par Rihab Taleb

 

À bord de cet appareil, l’atmosphère est pleine d’espoir et de projets politiques. Leur voyage est officiel et pacifique. Ils se rendent en Tunisie pour participer à une grande réunion diplomatique avec les dirigeants marocains et tunisiens afin de parler de l’avenir du Maghreb et de trouver une solution politique pour libérer l’Algérie, qui subit alors la domination coloniale de la France depuis plus d’un siècle.

Mais de l’autre côté, les services secrets et les responsables militaires français suivent ce déplacement de très près et mettent au point un plan audacieux. Pour eux, c’est l’occasion ou jamais d’arrêter les cerveaux de la rébellion algérienne d’un seul coup. Durant le vol, des  avions de chasse de l’armée française surgissent brusquement dans le ciel. Ils encadrent l’appareil civil et forcent le pilote à obéir sous la menace des armes. Au lieu de se poser en terre amie en Tunisie, l’avion est contraint d’atterrir en Algérie.

Quand l’avion s’arrête sur la piste des soldats et des véhicules militaires encerclent immédiatement l’appareil. Les portes s’ouvrent brutalement et les cinq dirigeants algériens sont extraits de force et arrêtés. Cet acte de piraterie provoque aussitôt une crise diplomatique d’une ampleur immense entre la France et le Maroc. Une crise qui a tout l’air d’être une mauvaise mise en scène.

Cette arrestation choque profondément l’opinion publique internationale, indigne les pays arabes et africains, et isole durablement la diplomatie française. Au lieu d’affaiblir la cause algérienne, cet acte  provoque l’effet inverse : renforce l’unité et soude tous les Algériens entre eux.

Sitôt capturés, les cinq responsables politiques sont rapidement emmenés en France pour être cachés et surveillés. Ils sont enfermés dans plusieurs prisons et forts militaires très sévères, notamment au fort Liédot, situé sur l’île d’Aix. Pendant plus de cinq longues années, malgré leur statut de prisonniers politiques, ils subissent un isolement total. Ils sont coupés de leur famille, de leurs amis et de leur pays, vivant enfermés dans des cellules froides et sous haute surveillance. Mais malgré cette épreuve physique et morale, leur voix ne s’éteint pas. Depuis leurs prisons, ils restent les symboles vivants de la résistance et du combat pour la liberté de l’Algérie. Leur détention dure jusqu’au printemps de l’année 1962, au moment exact où la France et les représentants algériens signent les accords d’Évian qui mettent fin à la guerre. Libérés quelques jours avant la proclamation officielle de l’Indépendance, ils rentrent enfin en Algérie en héros, acclamés par des foules immenses et heureuses.

Aujourd’hui, soixante-dix ans après, cet épisode reste gravé dans les mémoires comme l’un des actes les plus violents de la période coloniale. Ce kidnapping aérien est resté dans l’histoire comme une violation flagrante des lois internationales et de la liberté des peuples. Mais il est surtout le symbole éclatant du courage d’une génération de dirigeants et de tout un peuple qui ont refusé de plier face à la force, acceptant les pires sacrifices pour arracher leur souveraineté et s’asseoir dignement à la table des nations libres du monde.

                                                                       R.T

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