Automédication // Alerte sur l’usage abusif des antibiotiques

Les Journées internationales sur les maladies infectieuses se sont achevées vendredi à Batna sur un message commun : l’usage excessif et anarchique des antibiotiques réduit l’efficacité de ces médicaments. Médecins et chercheurs algériens, français et tunisiens appellent à en finir avec l’automédication.

Par Chaïmaa Sadou

Pendant trois jours, le grand auditorium de l’Université Hadj-Lakhdar (Batna 1) a accueilli ces journées. Au cœur des débats : la résistance bactérienne, c’est-à-dire la capacité de certaines bactéries à survivre aux antibiotiques censés les détruire. Les spécialistes ont rappelé que la surconsommation de ces médicaments, notamment par automédication, favorise la mutation des bactéries. Les infections, même simples, deviennent plus difficiles à contrôler et les hospitalisations se prolongent. Contrairement à une idée répandue, les antibiotiques n’agissent pas sur les virus, comme le rhume ou la grippe.

« Le mauvais usage des antibiotiques constitue une menace pour la santé publique, car il provoque une baisse de leur efficacité », a rappelé la professeure HassibaTaliMaamar, microbiologiste et directrice des laboratoires à l’Institut Pasteur d’Alger, dans une déclaration à l’APS. L’institut coordonne le réseau national des laboratoires hospitaliers chargé de surveiller la propagation des bactéries résistantes, une veille indispensable pour mesurer l’ampleur du phénomène.

Les malades du cancer figurent parmi les plus exposés. La professeure Mahdia Saïdi, hématologue au Centre régional de lutte contre le cancer de Batna, a insisté sur la nécessité d’un usage rationnel de ces médicaments, qui affectent l’immunité des patients, déjà plus vulnérables aux infections et à leurs complications.

Le problème dépasse largement les frontières algériennes. Selon une étude publiée en 2024 par la revue The Lancet, la résistance bactérienne a directement causé 1,14 million de décès dans le monde en 2021, et en a favorisé près de 4,7 millions. Sans changement, les projections évoquent 39 millions de décès directement imputables entre 2025 et 2050. La France mène depuis 2002 sa campagne « Les antibiotiques, c’est pas automatique », et ces médicaments sont soumis à prescription dans l’Union européenne. En 2024, l’ONU s’est fixé l’objectif de réduire de 10 % les décès liés à la résistance d’ici 2030.

La prévention ne se joue pas seulement à l’hôpital. L’hygiène des mains, la vaccination lorsqu’elle est indiquée et le respect de l’ordonnance limitent les infections, donc le recours aux antibiotiques. L’environnement est aussi concerné : les résidus de médicaments rejetés dans les eaux usées ou issus de l’élevage entretiennent la circulation de bactéries résistantes. C’est pourquoi l’OMS défend l’approche « Une seule santé », qui relie santé humaine, animale et environnementale.

Présidées par la professeure Nora Righi, les journées ont été organisées par le service des maladies infectieuses de l’EPH Salah-Houes, en coordination avec la faculté de médecine de l’Université Chahid Mostefa-Ben Boulaïd (Batna 2). Elles ont permis des échanges d’expériences sur les dernières avancées scientifiques. En marge des communications, des ateliers de formation ont réuni étudiants en médecine et médecins généralistes.

Préserver l’efficacité des antibiotiques est une responsabilité partagée. Médecins qui prescrivent à bon escient, pharmaciens attentifs à l’ordonnance, citoyens qui renoncent à l’automédication : sans ce réflexe collectif, des infections aujourd’hui banales pourraient redevenir dangereuses.

C.S

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