Marché en berne, prix en hausse et consommateurs plus prudents. le smartphone traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Alors que les ventes mondiales chutent fortement, Apple et Samsung parviennent toutefois à préserver leurs positions grâce à leur domination sur le segment haut de gamme.
Par Yakout Abina
Le marché du smartphone traverse une période difficile. Entre inflation, hausse des coûts de production et allongement de la durée de vie des appareils, les consommateurs renouvellent moins souvent leur téléphone. Une tendance qui se traduit aujourd’hui par un net recul des ventes à l’échelle mondiale.
Selon les données publiées par Counterpoint Research le 12 octobre, les expéditions mondiales de smartphones ont chuté de 20 % au troisième trimestre par rapport à la même période l’an dernier. Il s’agit du plus mauvais troisième trimestre enregistré depuis 2012.
Les consommateurs gardent leur téléphone plus longtemps
Cette baisse s’explique en partie par la hausse des prix des appareils. Depuis plusieurs années, le prix moyen des smartphones augmente, y compris sur les segments traditionnellement les plus accessibles. Les modèles d’entrée et de milieu de gamme, longtemps considérés comme le moteur des ventes, peinent désormais à offrir le rapport qualité-prix qui faisait leur succès.
À l’origine de cette situation figure notamment la crise touchant les composants électroniques, et plus particulièrement les mémoires de stockage et la mémoire vive. La pénurie qui a affecté l’ensemble du secteur technologique a entraîné une hausse des coûts pour les fabricants, contraints de répercuter une partie de ces dépenses sur le prix final des appareils.
Face à cette inflation, les habitudes des consommateurs évoluent. Beaucoup d’entre eux préfèrent désormais conserver leur smartphone plusieurs années plutôt que de le remplacersystématiquement par un nouveau à chaque sortie d’un nouveau modèle. D’autres se tournent vers le marché du reconditionné, en plein essor, qui permet d’accéder à des modèles récents à moindre coût.
Selon les analystes de Counterpoint Research, cette tendance s’accompagne également d’un phénomène plus surprenant, les acheteurs qui décident malgré tout de renouveler leur appareil privilégient davantage les modèles premium. Plutôt que d’investir régulièrement dans des smartphones intermédiaires, certains consommateurs préfèrent acquérir un appareil haut de gamme censé durer plus longtemps en guise d’investissement.
Apple et Samsung résistent à la tempête
Dans ce contexte difficile, tous les constructeurs ne sont cependant pas touchés de la même manière. Apple affiche des résultats particulièrement solides. Le constructeur américain a enregistré une hausse de 21,7 % de son chiffre d’affaires lié aux ventes d’iPhone sur un an, passant de 44,58 à 54,25 milliards de dollars. Une performance qui confirme l’attrait des consommateurs pour les smartphones haut de gamme.
Samsung conserve de son côté sa position de leader mondial, malgré une baisse de 3 % de ses livraisons sur un an. Les derniers modèles pliants du groupe sud-coréen ont notamment contribué à soutenir ses performances commerciales.
Au niveau des parts de marché, Samsung conserve 23 % du marché mondial, devant Apple qui atteint désormais 22 %. L’écart entre les deux géants n’a jamais été aussi réduit.
Xiaomi, principal perdant de la crise
La situation apparaît plus délicate pour certains concurrents. Xiaomi figure parmi les constructeurs les plus affectés par le repli du marché. Le fabricant chinois aurait vu ses livraisons reculer d’environ 30 % sur un an, tandis que sa part de marché s’établit désormais à 10 %. Illustrant les difficultés rencontrées par les acteurs fortement positionnés sur les segments milieu et entrée de gamme.
Un marché en pleine mutation
Au-delà de la simple baisse des ventes, la situation actuelle pourrait marquer un tournant pour l’industrie du smartphone. Pendant plus d’une décennie, les constructeurs ont habitué les consommateurs à renouveler fréquemment leurs appareils grâce à des innovations régulières. Mais les progrès technologiques apparaissent désormais moins spectaculaires d’une génération à l’autre.
Pour de nombreux utilisateurs, les performances des smartphones récents sont déjà largement suffisantes pour répondre aux besoins quotidiens. Dans ces conditions, dépenser plusieurs centaines, voire plus d’un millier d’euros pour un nouveau modèle devient plus difficile à justifier.
Le marché entre ainsi dans une phase de maturité où la croissance ne repose plus uniquement sur le renouvellement rapide des appareils. Les constructeurs devront désormais convaincre des consommateurs plus exigeants, plus prudents et davantage attentifs à la durée de vie de leur investissement. Une évolution qui pourrait durablement redessiner l’industrie mobile.
Y.A
