Soudan/La famine s’étend dans le pays, les enfants victimes potentielles

Des experts internationaux ont alerté ces derniers jours sur l’aggravation de la crise alimentaire au Soudan. Cette situation est provoquée par la guerre entre l’armée et les milices des Forces de soutien rapide, les difficultés d’acheminement de l’aide humanitaire, le manque de financements et une sécheresse exceptionnelle qui achève de détruire les moyens de subsistance de millions de personnes.

 

 

 

Par Hamida Indja

Dans un message d’alerte, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un organisme international basé à Rome, prévient que le risque de famine s’étend à plusieurs zones du Darfour et du Kordofan, dans l’ouest et le centre du pays. Les dernières données montrent que la situation alimentaire et sanitaire se dégrade rapidement, tandis que les secours peinent à répondre à l’ampleur des besoins.

Les chiffres illustrent la gravité de la crise. Dans deux camps de déplacés du Darfour-Sud, des études menées entre août et septembre ont révélé des taux de malnutrition très élevés chez les enfants de moins de cinq ans, atteignant respectivement 38 % et 30,8 %. Ces niveaux dépassent largement le seuil de 20 % retenu pour caractériser une situation de famine. Près d’un quart des familles interrogées déclarent souffrir d’une faim extrême, tandis que le nombre de décès atteint un niveau particulièrement préoccupant.

À Nyala, capitale du Darfour-Sud, la proportion d’enfants pris en charge dans les centres de santé pour malnutrition aiguë sévère a plus que doublé entre janvier et août, passant de 5,2 % à 11,4 %. Dans la ville de Kas, cette proportion a été multipliée par quatre en seulement six mois.

Cette dégradation intervient alors que le Soudan traverse l’une des pires crises humanitaires au monde. La guerre, déclenchée en avril 2023, a contraint des millions de personnes à fuir, perturbé les marchés et détruit des infrastructures et des équipements essentiels à la survie des populations civiles.

Selon le précédent rapport de l’IPC, publié en mai, près de 19,5 millions de personnes, soit plus de 40 % de la population, souffraient d’une insécurité alimentaire aiguë. Parmi elles, 135 000 personnes étaient déjà confrontées à des niveaux catastrophiques d’insécurité alimentaire.

Un nouveau facteur vient désormais aggraver la crise. Le phénomène climatique El Niño contribue à une sécheresse importante sur une grande partie du pays, compromettant les récoltes au moment même où les habitants devraient reconstituer leurs réserves alimentaires.

Au Darfour-Nord, 64 % des terres cultivées présentent des cultures en très mauvais état. Dans plusieurs zones du Darfour-Sud et du Kordofan, cette proportion atteint environ 50 %. Les pluies de septembre sont arrivées trop tard pour sauver les cultures céréalières, tandis que les nouvelles tentatives de semis ont très peu de chances d’aboutir.

La situation est d’autant plus préoccupante que les combats entravent l’acheminement de l’aide humanitaire. À ces difficultés s’ajoute un manque criant de financements. Au 8 octobre, le plan de réponse humanitaire pour le Soudan accusait un déficit de financement de 57 %. Les programmes d’aide alimentaire n’étaient financés qu’à hauteur de 30 %, tandis que ceux consacrés à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène ne disposaient que de 23 % des fonds nécessaires.

Le comité de l’IPC chargé d’évaluer la situation alimentaire dresse un constat alarmant : « Nous vivons une catastrophe humanitaire d’une ampleur historique », estimant que la situation correspond au « pire scénario possible », alors que la saison sèche approche.

H I

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