Sécurité alimentaire en Afrique / Des frigos solaires pour protéger  les récoltes

Les agriculteurs en Afrique font face à un problème à la fois difficile et ancien. Ce problème, c’est que la nourriture pourrit beaucoup trop vite après la récolte. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (la FAO) a fait des calculs précis à ce sujet.

 

 

 

 

Par Rihab  Taleb

Elle estime que jusqu’à 40 % de toute la nourriture produite sur le continent africain est perdue et jetée avant même de pouvoir être vendue sur les marchés. Denis Karema, le directeur général d’une entreprise spécialisée appelée SoKoFresh, dit même que dans certaines régions, les pertes de production montent jusqu’à 50 %. Cela veut dire que la moitié de tout le travail des agriculteurs finit directement à la poubelle.

Ce gaspillage de nourriture n’arrive pas parce que les agriculteurs travaillent mal, mais parce que les infrastructures ne sont pas bonnes. Par exemple, les routes sont en très mauvais état, ce qui rallonge les voyages sous la chaleur. Il manque aussi d’usines pour transformer les aliments rapidement, et surtout, il n’y a pas de grands frigos pour garder les produits au frais juste après la cueillette. À cause de cela, les fruits, les légumes et les produits laitiers s’abîment très vite sous le soleil. Pour les agriculteurs, c’est une catastrophe car ils perdent leur argent ou sont obligés de brader leurs produits à des prix très bas le jour même de la récolte, par peur que tout soit perdu le lendemain.

Ce gaspillage est aussi un désastre pour la planète Terre. Quand la nourriture pourrit dans la nature ou dans les décharges, elle dégage du gaz méthane. Ce gaz est très dangereux pour l’atmosphère car il pollue l’air et réchauffe la Terre vingt-cinq fois plus vite que le dioxyde de carbone. De plus, pour faire pousser ces fruits et ces légumes qui finissent perdus, il a fallu utiliser des milliers de litres d’eau douce pour arroser les champs. Jeter la nourriture, c’est donc jeter cette eau précieuse alors que les sécheresses sont de plus en plus fréquentes. Enfin, pour compenser toute cette nourriture perdue et réussir à gagner assez d’argent pour faire vivre leur famille, les agriculteurs sont obligés de couper des arbres pour agrandir leurs champs. Cette déforestation détruit les forêts et épuise la fertilité des sols qui n’ont plus le temps de se reposer.

Heureusement, une solution est en train de se développer pour régler ce problème. Les agriculteurs peuvent maintenant compter sur des services de stockage réfrigéré, des chambres froides, des grands entrepôts et des centres de réfrigération qui fonctionnent entièrement grâce à l’énergie solaire. Cette technologie utilise des panneaux solaires pour fabriquer de l’électricité propre et gratuite grâce à la lumière du soleil. Cela change la vie des communautés rurales car elles n’ont plus besoin de se brancher sur les réseaux électriques des villes. Ces réseaux classiques coûtent extrêmement cher et ils ne sont pas fiables du tout, avec des coupures de courant qui éteignent les frigos tout le temps.

L’impact de ces frigos solaires est vraiment spectaculaire sur le terrain. Denis Karema explique que lorsque le stockage frigorifique est bien intégré et utilisé comme il faut, les pertes de nourriture s’effondrent immédiatement, passant de 50 % à moins de 2 %. Une agricultrice nommée Yvonne Anyonyi Mumiah explique qu’avant de se lancer dans cette aventure, elle a cherché à comprendre comment les meilleurs agriculteurs faisaient pour réussir. Elle a compris que le principal défi était de disposer d’un entrepôt frigorifique. Grâce à cela, elle peut transporter ses denrées directement depuis sa ferme en garantissant une fraîcheur totale, parce que la température est contrôlée dès la récolte et pendant tout le trajet jusqu’au consommateur final. Elle ajoute qu’en procédant ainsi, on prolonge la durée de conservation, le produit prend de la valeur, et tout le monde y gagne.

Cette évolution prend de plus en plus d’ampleur dans plusieurs pays comme le Kenya, le Nigeria, l’Éthiopie, le Rwanda et l’Afrique du Sud. Les analystes et les experts expliquent que ces innovations solaires deviennent capitales parce que les pays africains cherchent à améliorer leur sécurité alimentaire pour que tout le monde ait à manger, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre pour protéger le climat.

Malgré tous ces points positifs, il reste encore des défis à surmonter pour que tout le monde utilise cette technologie. Le premier défi est l’éducation et la sensibilisation des utilisateurs. Comme ces équipements aux énergies renouvelables sont complètement nouveaux, Denis Karema explique qu’il faut mener un grand travail pour rassurer les gens sur leur efficacité. Il faut leur expliquer que les machines fonctionnent en permanence, qu’il fasse nuageux ou qu’il fasse ensoleillé, parce que le système possède des batteries spéciales qui stockent l’énergie de la journée pour faire marcher les frigos pendant la nuit ou pendant les jours de pluie. Le deuxième défi est le financement. Acheter ces grosses machines solaires et ces entrepôts demande beaucoup d’argent au début, et les petits agriculteurs ont du mal à trouver des crédits ou de l’argent pour démarrer. Trouver des financements est donc la clé pour réussir à sauver l’agriculture et à protéger la Terre.

R.T.

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