
L’annonce d’un investissement massif de plus de 16 milliards d’euros par le géant américain Amazon en Allemagne pour la seule année 2027 constitue un tournant économique majeur. Officialisé à Berlin lors du sommet gouvernemental Invest in Germany , cet engagement a été présenté en présence du chancelier Friedrich Merz et de hauts responsables de l’entreprise, dont David Zapolsky (directeur des affaires juridiques mondiales) et Rocco Bräuniger (directeur général d’Amazon Allemagne). Ce rassemblement a réuni près de 200 dirigeants internationaux, des fleurons industriels allemands (comme Siemens, Mercedes-Benz, Bayer et Deutsche Telekom) ainsi que des géants technologiques mondiaux tels que Nvidia, Boeing et Anthropic.
Par Rihab Taleb
Pour mesurer la portée de cet engagement, il faut le replacer dans le contexte historique de la présence du groupe dans le pays. Depuis 2010, Amazon a déjà injecté plus de 100 milliards d’euros en Allemagne, y bâtissant un réseau tentaculaire de plus de 100 sites opérationnels et créant plus de 40 000 emplois permanents directs. Ce montant de 16 milliards d’euros prévu pour 2027 (soit environ 18 milliards de dollars) montre une accélération spectaculaire des dépenses, dictée par la course mondiale aux infrastructures numériques et à l’intelligence artificielle.
Une somme précise de 4,8 milliards d’euros sera directement allouée à l’expansion de la région AWS Europe (Amazon Web Services) basée à Francfort. Ce pôle névralgique du cloud et des serveurs informatiques de pointe permet de répondre à la demande croissante des entreprises européennes en matière de puissance de calcul et de traitement massif de données. Cette infrastructure est complétée par le déploiement de l’AWS EuropeanSovereign Cloud, rendu généralement accessible plus tôt dans l’année, qui garantit des exigences strictes de souveraineté et de sécurité des données pour le marché européen.
En dehors du cloud et des centres de données traditionnels, les investissements d’Amazon financeront des secteurs d’avenir très diversifiés. Le groupe prévoit d’accélérer le déploiement de son réseau d’internet haut débit par satellite, baptisé Amazon Leo, afin d’améliorer la connectivité. De plus, une partie des fonds servira à ouvrir un second laboratoire de recherche et développement entièrement consacré à la robotique et à l’intelligence artificielle à Berlin. Ce nouveau centre doublera la présence de recherche de l’entreprise dans la capitale allemande et créera des postes hautement spécialisés, allant des ingénieurs en robotique aux scientifiques appliqués. L’entreprise investira également dans des projets logistiques modernisés à travers le pays et dans de nouvelles productions de contenus pour sa plateforme Prime Video.
Cette annonce représente une victoire pour le gouvernement de coalition mené par le chancelier conservateur Friedrich Merz. Fragilisé par des revers électoraux récents et confronté à une croissance économique atone ainsi qu’à une perte de compétitivité industrielle due notamment aux coûts énergétiques et à la lourdeur bureaucratique, l’exécutif allemand a fait de l’attractivité des capitaux étrangers sa priorité absolue. La ministre fédérale de l’Économie, KatherinaReiche, a souligné que le gouvernement est parvenu à sécuriser au total plus de 220 milliards d’euros d’engagements d’investissements de la part de diverses entreprises.
Berlin mise ainsi sur le train de réformes le plus ambitieux de ces dernières décennies, combinant des allègements fiscaux, des soutiens publics massifs à l’innovation et un renforcement des marchés de capitaux au sein de l’Union européenne. Pour les autorités allemandes, lier la puissance industrielle traditionnelle du pays aux nouvelles capacités en intelligence artificielle et en cloud à travers des partenariats avec des acteurs mondiaux est la seule stratégie efficace pour maintenir l’Allemagne au tout premier rang de la compétition technologique internationale.
R.T
