Une conférence de presse s’est tenue hier au Musée africain, anciennement Villa Bolkine, à Hussein Dey, pour annoncer l’ouverture du 11e Festival national de la créativité féminine (FCNCF).
Par Ikram Haou
Celui-ci se déroulera du 8 au 12 octobre 2026 sur le thème « Artisanat et traditions oubliés : le retour de l’artisanat, le renouveau des racines ». Ce festival s’inscrit dans le prolongement des manifestations culturelles nationales visant à valoriser les femmes créatrices et à leur offrir une plateforme pour présenter leur travail dans divers domaines artistiques et artisanaux.
Plusieurs personnalités et responsables du monde artistique et culturel ont assisté à la conférence de presse, notamment les artistes Houria Aichi, Behdja Rahal et Lila Borsali, ainsi que la chercheuse et experte culinaire Yasmina Salam. Toutes ont souligné l’importance de l’organisation de tels festivals culturels pour promouvoir et préserver le patrimoine culturel national, matériel et immatériel, et pour mettre en lumière le rôle des femmes dans la préservation et la transmission de cet héritage ancestral.
Selon l’artiste Behdja Rahal, il est essentiel de parler de la nouba, car c’est un art oublié. On évoque souvent la musique andalouse, mais rarement la nouba. Si la présence féminine y est aujourd’hui bien établie, cet art était autrefois dominé par les hommes. On l’a longtemps considéré comme un domaine masculin, mais les femmes y étaient bien présentes. La voix féminine existait déjà à l’époque de Ziryab et, bien sûr, au sein de la civilisation arabo-andalouse. Puis sa présence s’est peu à peu estompée, avant de renaître depuis une vingtaine d’années. Mais d’après Behdja Rahal, le combat n’est pas terminé, car si la nouba a retrouvé son statut d’interprète, elle n’a pas encore retrouvé celui de formatrice, ou bien, comme elle le dit, leur présence comme maître de la nouba, qui est pourtant sa véritable vocation. Ainsi, lorsque l’on parle des arts féminins, il est indispensable d’évoquer la présence des femmes comme formatrices dans leur domaine, a-t-elle souligné. En outre, l’artiste Behdja Rahal a nié l’existence de toute preuve de la disparition des 12 nouba d’essence algéroise, soulignant qu’il existe 12 nouba et que c’est ce que nous, Algériens, devons préserver. Nous ne craignons ni le vol ni quoi que ce soit d’autre si nous prenons l’initiative de préserver ces nouba. Elle a ajouté que ces festivals culturels contribuent à la préservation du patrimoine culturel national, qu’il soit matériel ou immatériel, en mettant en valeur l’artisanat féminin. Cependant, leur portée est limitée s’ils ne sont pas généralisés à l’ensemble du territoire national. Il est donc indispensable d’organiser ces festivals dans toutes les wilayas du pays afin de promouvoir l’artisanat féminin, et non de les limiter à Alger. Comme elle l’a souligné, « Alger ce n’est pas l’Algérie », car l’artisanat féminin, parfois oublié, existe dans toutes les régions d’Algérie. Pour le développer et le faire connaître à l’ensemble du pays et au monde entier, ce festival doit s’étendre à toutes les régions algériennes.
De son côté, le directeur du festival, Sid Ali Ben Mrabet, a souligné que les femmes constituent la référence sur laquelle repose la préservation de notre patrimoine culturel national. Il a ajouté qu’une culture forte ne peut se maintenir et se développer sans des racines solides. C’est pourquoi les femmes sont fortement représentées à ce festival, témoignant ainsi de leur présence constante et de leur engagement envers la préservation de leur culture et de leur patrimoine.
L’artiste Lila Borsali nous a également confié sa fierté d’organiser ce festival afin de redonner à la musique andalouse la place qui lui revient. Elle a également souligné qu’il y a eu une période où les femmes n’étaient pas perçues de la même manière dans la musique andalouse. Leur présence était alors peu visible. Aujourd’hui, on observe un vif intérêt pour la voix féminine et pour la musique andalouse, un intérêt parfois même supérieur à celui des hommes, ce qui est très positif.
Yasmina Salam a déclaré que ces artisanats traditionnels féminins, profondément enracinés dans le patrimoine culturel national, devraient être mis en valeur.
On rappelle que cette 11e édition du Festival culturel national de la création féminine (FCNCF), placée sous le parrainage de la ministre de la Culture et des Arts, Dr Malika Bendouda, est considérée comme un événement important et incontournable, consacré à la femme algérienne. Il contribue à valoriser sa place dans la société algérienne ainsi que son rôle dans la promotion du patrimoine culturel et traditionnel algérien, matériel et immatériel. Il a pour objectifs de mettre en valeur les compétences qui contribueront à préserver notre identité et notre patrimoine culturel immatériel, de mettre en valeur le rôle de la créativité et de l’innovation, de mettre en valeur le nouveau regard des artistes dans ce domaine, ainsi que de contribuer à faire connaître notre riche patrimoine, matériel et immatériel, et à le préserver.
Par ailleurs, plusieurs masterclass seront proposées dans divers domaines, notamment les danses oubliées ; « La nouba, héritage menacé » entre transmissions traditionnelles et nouvelles technologies avec Behdja Rahal ; le design d’intérieur algérien et le marketing digital.
Comme à chaque édition, le volet académique et scientifique est présent à travers des conférences articulées autour de différents thèmes : l’UNESCO et la protection du patrimoine, les femmes et le soufisme, la musique féminine oubliée et son rôle social, et la cuisine algérienne.
De plus, un espace muséal sera entièrement consacré à la mise en valeur de tenues exceptionnelles du patrimoine algérien des XVIIe et XIXe siècles. Issues de collections privées réunissant des pièces de plusieurs régions d’Algérie, ces tenues seront dévoilées au public pour la première fois.
Des films tels que « Ta3azit », d’Arinas Kaouther Dernouni, et « Ticrad », d’ldir Benchabane, en lien avec le thème de cette édition, seront projetés le 10 octobre 2026 à la Cinémathèque d’Alger.
Une nouvelle plateforme, « Be djazairi », sera lancée, créant une base de données recensant tous les artisans produisant des œuvres algériennes authentiques, reconnues et autorisées.
Dans le cadre d’une noble initiative humanitaire, le commissariat du Festival culturel national de la création féminine organisera plusieurs visites dans une maison de retraite et une école pour enfants malvoyants, auxquelles il offrira des cadeaux symboliques. Cela souligne que la culture est un droit pour tous et un vecteur de communication et d’inclusion.
I.H
