Trente ans après la création d’un mandat de l’ONU destiné à protéger les enfants de la guerre, les violences à leur encontre atteignent des niveaux sans précédent, alertent lundi plusieurs responsables devant le Conseil de sécurité.
Lors d’une réunion du Conseil de sécurité organisée pour marquer le 30ème anniversaire de la création du mandat consacré aux enfants dans les conflits armés, les responsables ont dénoncé un paradoxe : jamais les mécanismes de protection n’ont été aussi développés, mais jamais autant d’enfants n’ont été victimes de violations graves. Trois décennies de résolutions, de conventions et d’engagements internationaux n’ont pas suffi à protéger les enfants de la guerre. En 2025, les Nations unies ont recensé 38.558 violations graves commises contre 24.174 enfants, un record depuis la création, en 1996, de ce mandat.
Selon l’Unicef, plus de 70 % des enfants tués ou mutilés dans les conflits en 2025 l’ont été par des armes explosives. Les violations les plus nombreuses ont été constatées dans les territoires palestiniens, en République démocratique du Congo (RDC) et au Nigeria.
Depuis 2005, l’ONU a vérifié plus de 430.000 violations graves contre des enfants. Plus de 8.000 cas de refus d’accès humanitaire ont été recensés pour la seule année 2025, selon Catherine Russell, directrice générale de l’Unicef, qui participait à la réunion du Conseil.
Les nouvelles technologies aggravent encore les risques. Drones, systèmes d’armes autonomes et intelligence artificielle (IA) permettent d’accélérer les opérations militaires, tout en éloignant les décideurs humains de l’usage de la force.
Sur internet, les groupes armés disposent également de nouveaux moyens pour recruter et exploiter des mineurs. Le 19 octobre, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité une résolution destinée à mieux prévenir ces pratiques.
Pour Jainaba Jagne, envoyée spéciale de l’Union africaine sur la question, les entreprises technologiques doivent elles aussi être mises devant leurs responsabilités, notamment en matière de prévention des risques et de protection des données des enfants.
“L’espace numérique ne doit pas devenir un nouveau front sur lequel la protection des enfants pris dans les conflits serait encore davantage compromise”, a-t-elle insisté.
A ces menaces s’ajoute la diminution des financements. Durant la réunion du Conseil, Bethany Ellis, directrice de l’ONG Watchlist on Children and Armed Conflict, a dénoncé les coupes budgétaires qui frappent les programmes de réinsertion, l’accompagnement psychologique et les organisations locales chargées de documenter les violations.
Elle a également appelé les Etats à revoir leurs relations avec les gouvernements impliqués dans ces exactions, notamment en mettant fin aux transferts d’armes vers les parties qui violent le droit international.
RI