Echanges culturels/Le patrimoine d’El Meniaâ  invité d’honneur à El Tarf

La wilaya d’El Tarf accueille la semaine culturelle d’El Meniaâ, organisée dans le cadre des échanges artistiques entre les wilayas du pays. À El Kala, spectacles, artisanat, poésie et gastronomie font découvrir au public les traditions du Sahara algérien. Cette rencontre met en lumière la richesse d’un patrimoine national pluriel et vivant.

 

Par Chaimaa Sadou

 

La ville côtière d’El Kala vit, depuis lundi soir, au rythme des traditions sahariennes. Jusqu’à jeudi, elle accueille la semaine culturelle d’El Meniaâ, sous le slogan « À chaque wilaya son histoire, son art et sa créativité ». L’initiative offre au public l’occasion de découvrir les expressions artistiques, les savoir-faire et l’histoire d’une région connue pour sa palmeraie, son vieux ksar et ses traditions profondément ancrées.

 

L’ouverture de cette manifestation s’est déroulée sur la place du Musée du corail d’El Kala, devant un public nombreux. Les artistes de la troupe « Ech-Chourouk » pour l’art et le baroud ont proposé des spectacles folkloriques donnant un premier aperçu de l’ambiance festive et des coutumes d’El Meniaâ. Les démonstrations de baroud, mêlant musique, mouvements collectifs et détonations rituelles, illustrent le rôle de l’art populaire dans la transmission de la mémoire et des traditions.

 

Au cœur de cette semaine culturelle figure le vieux ksar d’El Meniaâ, l’un des principaux repères historiques de la région. Édifié sur une hauteur dominant la palmeraie, ce site témoigne de l’organisation sociale et de l’ingéniosité des bâtisseurs d’antan. Le ministère de la Culture le répertorie parmi les biens culturels immobiliers et rappelle qu’une instance en vue de son classement avait été ouverte en 1987. Le ksar reste également associé dans la mémoire locale à M’barka Ben El Khass, figure marquante de l’histoire populaire de la région. Sa présence dans cette manifestation permet de rappeler que les monuments sont aussi des supports de mémoire, capables de relier les générations au passé de leur territoire.

 

L’exposition organisée dans les pavillons du Musée du corail met, de son côté, en valeur l’artisanat traditionnel d’El Meniaâ. Le tissage de la laine, le travail du cuir et les vêtements sahariens y tiennent une place importante. La melh’fa, portée par les femmes, ainsi que le burnous et le chèche des hommes, témoignent à la fois de savoir-faire anciens et d’un mode de vie adapté aux conditions du désert. Ces créations traduisent également l’identité esthétique d’une région où les matières, les formes et les techniques se transmettent au fil des générations.

 

Les visiteurs peuvent également découvrir la guerba et la chekoua, deux objets confectionnés traditionnellement en peau de chèvre. La première servait notamment à conserver l’eau fraîche, tandis que la seconde était utilisée pour baratter le lait. Ces objets du quotidien illustrent un savoir-faire fondé sur l’utilisation des ressources disponibles et sur l’adaptation à l’environnement. Les mets traditionnels, la chanson populaire sahraouie et la danse du Dendoune complètent cette immersion dans le patrimoine d’El Meniaâ et permettent au public d’en découvrir différentes expressions, aussi bien matérielles qu’artistiques.

 

Le programme prévoit également des récitals de poésie melhoun, avec la participation de Cheikh Boudraâ, ainsi que des rencontres intellectuelles, des soirées littéraires et des veillées artistiques. Une sortie vers plusieurs sites touristiques et archéologiques d’El Tarf, notamment à El Kala, est également annoncée. L’échange est ainsi réciproque : El Meniaâ fait découvrir ses traditions au Nord-Est, tandis que les participants découvrent à leur tour le patrimoine naturel et historique de la wilaya d’El Tarf.

 

L’intérêt de ces rencontres entre wilayas dépasse le simple cadre du spectacle. Elles permettent aux citoyens de mieux connaître leur propre pays, de dépasser les clichés, de rapprocher les territoires et de favoriser une meilleure connaissance des différentes cultures locales. Elles offrent également une visibilité aux artisans et aux artistes, dont les créations participent à la préservation et à la transmission du patrimoine. En faisant voyager les traditions, ces manifestations donnent aussi au patrimoine une dimension vivante, accessible à un public qui ne connaît pas toujours les particularités culturelles des autres régions.

 

Pour les jeunes générations, ces manifestations constituent aussi des espaces de découverte et d’apprentissage. Elles permettent de rencontrer des pratiques culturelles parfois éloignées de leur quotidien, d’éveiller leur curiosité et de mieux comprendre la diversité des traditions algériennes. La culture devient ainsi un moyen concret de transmettre la mémoire, de renforcer le dialogue entre les régions et de préserver des savoir-faire qui risquent de s’effacer lorsqu’ils ne sont plus transmis.

 

À travers cette semaine culturelle, El Meniaâ et El Tarf montrent ainsi que le patrimoine n’est pas seulement un héritage du passé. Il constitue également un lien entre les générations et entre les territoires. En faisant circuler les arts, les récits, les savoir-faire, les échanges inter-wilayas contribuent à une meilleure connaissance mutuelle et renforcent l’attachement à une Algérie riche de ses différences unificatrices.

C.S

 

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *