Cheptels et épizooties / Revoilà la fièvre aphteuse en Namibie

L’apparition de la fièvre aphteuse en Namibie, après quatre années d’accalmie, secoue l’économie rurale et met en lumière la fragilité des équilibres environnementaux face aux épizooties. Ce foyer, détecté dans la région de Kharas, intervient alors que plusieurs États d’Afrique australe connaissent une recrudescence de la maladie. La coopération régionale et la biosécurité apparaissent plus que jamais indispensables.

Par Chaïmaa Sadou

Un nouveau foyer de fièvre aphteuse a été signalé en Namibie, après plusieurs années sans notification officielle. Détecté dans la région de Kharas, il met sous pression une filière bovine importante pour le pays et relance les inquiétudes dans toute la sous-région.

Les autorités vétérinaires namibiennes ont notifié le 23 septembre 2026 à l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) un foyer de fièvre aphteuse dans le district vétérinaire de Karasburg, dans la région de Kharas. Selon la notification officielle transmise à l’organisation internationale, 63 bovins présentant des signes cliniques ont été identifiés lors d’opérations de surveillance sanitaire. L’origine de l’infection reste, à ce stade, inconnue ou incertaine. Il s’agit en outre d’une première apparition dans cette zone, ce qui renforce l’inquiétude des autorités.

Pour limiter le risque de propagation, les autorités ont renforcé les contrôles et suspendu la commercialisation et les mouvements de bétail ainsi que de certains produits d’élevage concernés. Cette décision touche directement un secteur tourné vers les marchés extérieurs. La Namibie figure en effet parmi les principaux exportateurs de bovins vivants et de viande bovine d’Afrique australe. Au-delà de l’enjeu économique, la priorité est sanitaire : empêcher le virus de circuler vers d’autres élevages et, potentiellement, vers la faune sauvage.

La fièvre aphteuse est une maladie virale très contagieuse qui touche principalement les animaux à onglons fendus. Elle est connue depuis plusieurs siècles : sa première description est attribuée à Girolamo Fracastoro en 1546, et le virus a été identifié pour la première fois en 1897. Elle concerne notamment les bovins, les porcs, les ovins, les caprins et plusieurs espèces sauvages, dont les buffles africains. Elle est provoquée par un virus du genre Aphthovirus, qui se transmet facilement entre animaux par contact direct, par les sécrétions et excrétions, mais aussi par des objets, des véhicules, des aliments ou des personnes contaminés. La maladie ne doit pas être confondue avec certaines maladies humaines aux noms proches : la fièvre aphteuse animale n’est pas une menace pour la santé humaine.

Chez les animaux infectés, la maladie se manifeste notamment par de la fièvre, une baisse de l’alimentation, une salivation abondante et l’apparition de vésicules ou de lésions douloureuses dans la bouche, sur la langue, au niveau des pieds et parfois sur les mamelles. Les animaux peuvent boiter et perdre rapidement leur état général. La mortalité est souvent faible chez les adultes, mais la maladie peut provoquer des pertes importantes en production, des avortements ou la mort de jeunes animaux.

L’Afrique australe fait partie des régions où la circulation du virus représente un risque récurrent, en raison notamment des échanges de bétail et de la proximité entre élevages et populations animales sauvages. En 2026, la Namibie a ainsi rejoint une liste régionale comprenant notamment le Zimbabwe, le Botswana, le Lesotho, l’Afrique du Sud, l’Eswatini et le Mozambique, qui ont signalé des foyers. L’Afrique du Sud, considérée comme l’épicentre de l’épizootie dans la sous-région, connaît une situation particulièrement étendue : huit des neuf provinces sont touchées depuis 2025, affectant aussi bien les exploitations commerciales que communautaires.

Cette recrudescence régionale rappelle l’importance des dispositifs de surveillance sanitaire aux frontières et dans les zones de pâturage. Les mouvements transfrontaliers du bétail, fréquents en Afrique australe, favorisent parfois la circulation des agents pathogènes. Dans ce contexte, la coopération entre services vétérinaires, éleveurs et autorités publiques devient un élément essentiel pour détecter rapidement les foyers et réduire les risques de propagation.

Hors du continent africain, l’Angleterre a également dû faire face à de graves épisodes de fièvre aphteuse, avec des restrictions et des mesures d’abattage sanitaire. Cet épisode européen illustre la capacité du virus à réapparaître loin de ses zones habituelles de circulation et rappelle l’importance de la surveillance des mouvements d’animaux et des produits d’origine animale. Il ne s’agit toutefois pas d’un foyer lié à celui de Namibie.

Sur le plan environnemental, la fièvre aphteuse dépasse donc la seule question du commerce de viande. Une épidémie peut perturber les déplacements de troupeaux, modifier les pratiques d’élevage et accroître les pertes économiques des éleveurs. Dans les régions où l’élevage domestique côtoie la faune sauvage, la maîtrise de la maladie devient également une question de gestion des écosystèmes et de coexistence entre activités humaines et animaux sauvages. La biosécurité — ensemble des mesures destinées à empêcher l’introduction et la diffusion d’un agent infectieux — constitue ainsi une première ligne de défense.

Le nouveau foyer namibien rappelle finalement qu’une accalmie ne signifie pas disparition du risque. La surveillance vétérinaire, le contrôle des mouvements et la coopération entre pays restent essentiels pour contenir la maladie. Pour la Namibie comme pour ses voisins, l’enjeu est désormais de limiter la circulation du virus tout en protégeant les élevages, les ressources économiques et l’équilibre entre activités pastorales et environnement naturel.

C.S

 

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