La hausse de la concentration des nitrates dans l’eau constitue un signal d’alerte écologique et sanitaire mondial majeur, à l’intersection de la santé humaine, de la crise environnementale et de l’effondrement de la biodiversité. Dans ce cadre, 85 organisations environnementales regroupant des professionnels de santé (ONG) ont appelé hier l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à revoir ses normes, vieilles de plusieurs décennies, concernant la concentration des nitrates dans l’eau potable.
Par Ikram Haou
À l’occasion de la Journée mondiale « une seule santé » (One Health), les organisations environnementales, notamment Greenpeace International et la WONCA (World Organization of Family Doctors), qui représente des médecins généralistes, ont fermement demandé à l’OMS d’abaisser ses standards sur la teneur en nitrates de l’eau potable, au lieu des dernières normes établies en 1958 par l’OMS, qui fixent 50 mg/L et qui sont déjà dépassées selon les ONG. Cette demande fait suite à leur étude scientifique, qui explique que les effets toxiques des résidus de nitrates laissés par l’agriculture intensive sont reconnus comme particulièrement dangereux pour les enfants et les femmes enceintes.
Si l’on parle de l’agriculture intensive, c’est le système de production agricole conçu pour maximiser le rendement des cultures ou de l’élevage sur une surface donnée, où les agriculteurs ajoutent de grandes quantités d’azote dans le sol pour qu’il se transforme en nitrate (NO3-), parce que c’est la forme spécifique d’azote que les racines des plantes peuvent facilement absorber et utiliser pour grandir. Or, leur utilisation excessive, comme en Inde, avec des valeurs moyennes dépassant souvent 66 mg/L à 134 mg/L selon les régions agricoles, s’est transformée en une source majeure de pollution de l’eau et des milieux naturels.
Mais il y a aussi d’autres raisons, comme à la bande de Gaza (Palestine), qui est confrontée à des niveaux critiques où les concentrations dans les nappes phréatiques ont pu atteindre des pics extrêmes de l’ordre de 500 mg/L en raison de la surexploitation et de la pollution.
Parmi les problèmes provoqués par cette utilisation excessive, le « syndrome du bébé bleu » désigne une coloration bleutée de la peau, des lèvres, des ongles ou des muqueuses chez le nourrisson, causée par une oxygénation insuffisante du sang. Mais, d’après les ONG, les normes n’ont pas été mises à jour en réponse aux preuves épidémiologiques solides liant l’exposition chronique à de faibles taux de nitrate à des risques à long terme pour la santé humaine. D’autres problèmes de santé sont également en cause, tels que le cancer colorectal et des complications à la naissance.
Selon le communiqué, le président de la WONCA, Pratyush Kumar, indique qu’une étude montre que le nitrate dans l’eau potable, à des niveaux bien inférieurs aux limites fixées actuellement par l’OMS (50 mg/L), peut provoquer le cancer de l’intestin et des naissances prématurées. Il ajoute que des centaines de millions de personnes dans le monde sont exposées à des taux de nitrate élevés, avertit la lettre des ONG.
À cette occasion, Amanda Larsson, responsable agriculture chez Greenpeace, a déclaré que l’eau devrait être source de vie, et non la menacer. De même, les conclusions publiées en 2025 par un comité d’experts mandaté par le gouvernement danois, selon lesquelles les normes internationales actuelles ne sont pas adaptées pour protéger la santé publique, ont été citées par les ONG.
Enfin, cette lettre ouverte publiée par les ONG a pour objectif de mettre en évidence l’interdépendance de la santé humaine, de celle des animaux et des végétaux et de celle des écosystèmes. Elle recommande de réduire le taux acceptable de nitrate dans l’eau de boisson à 6 mg/L, presque dix fois moins que le seuil actuel de l’OMS. Le gouvernement danois s’est engagé cette année à suivre ces recommandations.
Mais la plupart des gouvernements ajustent leurs normes sur celles de l’OMS, relèvent les ONG, estimant qu’une mise à jour est vitale pour réformer les politiques mondiales.
I.H
