Forêts et croyances / Le sacré au secours des arbres

Organisé  à l’École nationale supérieure agronomique d’Alger, un séminaire national de foresterie souligne l’urgence de protéger nos écosystèmes. Au-delà des outils scientifiques, cet événement rappelle une vérité universelle : l’arbre a toujours été bien plus qu’une simple ressource pour l’humanité.

Par Chaïmaa Sadou

La protection des forêts ne repose pas uniquement sur les lois, les moyens techniques et les travaux scientifiques. Elle s’appuie aussi sur les traditions et les valeurs transmises de génération en génération. Un peu partout sur la planète, l’arbre est considéré comme un être précieux, parfois sacré. Cette relation ancienne entre l’homme et la nature peut contribuer à préserver les espaces forestiers et la biodiversité.

En Afrique, certains arbres et espaces boisés occupent une place importante dans la vie des communautés. Chez de nombreux peuples, les arbres sont associés aux ancêtres, à la sagesse et à la vie collective. L’arbre à palabres, sous lequel les sages se réunissent pour régler les litiges, illustre ce rôle social. Les forêts sacrées, notamment celles des Mijikenda au Kenya, sont également protégées en raison de leur valeur spirituelle et historique. Ces lieux constituent des espaces de mémoire, mais aussi des refuges pour de nombreuses espèces végétales et animales. Selon l’UNESCO, les règles traditionnelles qui limitent la coupe du bois ou certaines activités humaines participent à la conservation de ces forêts.

En Asie, cette relation prend d’autres formes selon les cultures et les croyances. En Inde, des bosquets sacrés sont préservés par des communautés qui leur accordent une valeur religieuse ou spirituelle. Au Japon, certains arbres anciens sont associés à des lieux de culte et protégés en raison de leur caractère particulier. Dans ces traditions, la nature n’est pas seulement considérée comme une source de nourriture ou de matières premières. Elle peut aussi représenter un patrimoine à respecter et à transmettre. Sauvegarder ces espaces, c’est aussi veiller sur la végétation locale et les espèces qui y vivent.

En Amérique du Sud, notamment dans le bassin amazonien, de nombreux peuples autochtones entretiennent une relation étroite avec la forêt. Celle-ci fournit de la nourriture, des plantes médicinales et des matériaux indispensables à la vie quotidienne. Elle représente également un espace culturel et spirituel, lié à l’histoire et à l’identité des communautés. Pour ces communautés, la disparition des arbres menace non seulement leur environnement, mais aussi leurs connaissances et leurs modes de vie. La FAO souligne d’ailleurs l’importance des savoirs traditionnels dans la gestion durable des ressources naturelles.

Au-delà de leur dimension culturelle, les arbres jouent un rôle essentiel dans l’équilibre environnemental. Ils absorbent le dioxyde de carbone, participent à la régulation du climat, protègent les sols contre l’érosion et contribuent au maintien du cycle de l’eau. Les forêts abritent également une grande diversité d’espèces. Leur dégradation fragilise donc les écosystèmes et réduit leur capacité à résister aux changements climatiques.

Cependant, la valeur sacrée accordée aux arbres ne garantit pas, à elle seule, leur protection. La déforestation, les incendies, l’urbanisation et certaines activités humaines continuent de menacer de nombreux espaces boisés. La préservation des forêts exige donc des mesures concrètes, une surveillance régulière et la participation des populations locales. Les traditions complètent ainsi les politiques publiques et la science, sans les remplacer.

En Algérie, cette préoccupation se retrouve dans les travaux menés par les chercheurs, les enseignants et les étudiants de l’École nationale supérieure agronomique d’Alger (ENSA). Les travaux portent notamment sur l’utilisation de la télédétection, des systèmes d’information géographique et de l’intelligence artificielle pour suivre l’état des forêts et améliorer la prévention des incendies. La régénération des peuplements de chênes-lièges et de pins après les feux, ainsi que la préservation des ressources génétiques végétales, dont le pistachier de l’Atlas, figurent également parmi les thèmes abordés.

Ces recherches rappellent que protéger une forêt ne consiste pas seulement à planter de nouveaux arbres. Il faut aussi préserver les espèces locales, comprendre leur évolution, restaurer les milieux dégradés et anticiper les risques. Le programme du Barrage vert s’inscrit dans cette démarche de lutte contre la désertification et de restauration des espaces dégradés.

Qu’elle soit liée aux croyances, à l’histoire ou aux besoins quotidiens, la relation entre l’homme et l’arbre rappelle une réalité essentielle : la forêt est un patrimoine vivant. Associer les savoirs traditionnels aux avancées scientifiques permet de mieux la protéger. Préserver les arbres aujourd’hui, c’est aussi défendre la biodiversité, limiter les effets du changement climatique et transmettre aux générations futures un environnement plus équilibré.

C.S

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