Le Haut Conseil de la langue arabe (HCLA) a organisé, mercredi à Alger, un colloque national sur la langue arabe et la traduction à l’ère des transformations technologiques, avec la participation d’experts et de spécialistes en linguistique et en traduction issus de plusieurs universités algériennes, dans le cadre de la Journée mondiale de la traduction, célébrée le 30 septembre de chaque année.
A cette occasion, le président du HCLA, Salah Belaïd, a indiqué dans son allocution d’ouverture, que l’organisation de ce colloque, placé sous le thème “Qui protège le sens lorsque la machine traduit?”, intervient dans un contexte marqué par “les mutations rapides que connaît le domaine de la traduction sous l’effet du développement croissant des technologies de l’intelligence artificielle et des transformations qu’elles ont opérées dans la nature de la pratique de la traduction et de ses outils”.
M. Belaïd a souligné que cette rencontre vise à “contribuer à l’élaboration d’une vision scientifique d’avenir de la traduction permettant d’exploiter les potentialités de l’intelligence artificielle et d’accompagner ses évolutions, tout en préservant le rôle central du traducteur dans la compréhension, l’interprétation, la rédaction et la construction du sens, de manière à améliorer la qualité de la traduction et à préserver ses dimensions linguistique, culturelle et humaine”.
Dans ce cadre, l’intervenant a mis en avant “l’importance de trouver des outils technologiques à même de protéger la place de la langue arabe (…) à travers le développement et l’innovation de solutions et d’applications intelligentes”.
De son côté, la présidente du colloque, Rachida Saadouni, a fait savoir que cette rencontre vise à “mettre le doigt sur le point noir de la traduction automatique, à savoir le risque d’altérer le sens, celui-ci étant l’essence même de toute traduction”, d’autant que la traduction automatique, aujourd’hui, “ne se contente pas de concurrencer la traduction humaine traditionnelle, mais la dépasse souvent en termes de quantité et de qualité. Elle est ainsi entrée, sous ses différentes formes et applications, dans l’usage quotidien des traducteurs, des étudiants en traduction ainsi que des enseignants-chercheurs”.
Cependant, malgré le développement continu de la traduction automatique, ajoute Mme Saadouni, celle-ci “échoue souvent à restituer fidèlement le sens car, contrairement au traducteur humain, elle ne maîtrise pas les contextes du texte source. Etant constituée d’algorithmes programmés pour traduire automatiquement, elle est totalement dénuée de la capacité d’interprétation que possède le traducteur humain”.
Même si elle fait preuve de qualité et de précision lorsqu’il s’agit de textes scientifiques et techniques, la traduction automatique “échoue dans la restitution des textes littéraires, qui se caractérisent par la créativité, un style littéraire raffiné et la subjectivité”, a-t-elle soutenu.
Pour sa part, le président de la Commission de traduction du Conseil, Nouar Abidi, a relevé que “le développement de la traduction automatique vers la langue arabe ne doit pas être une simple amélioration technique des performances, mais doit s’accompagner d’une prise de conscience de la culture et de la spécificité de l’arabe classique, ainsi que de la nécessité de préserver le sens lors de son passage vers d’autres langues”, précisant qu’il “faut également faire de l’intelligence artificielle un moyen indispensable pour relever le défi de la maîtrise du temps de traduction”.
La rencontre a été ponctuée par des interventions d’enseignants spécialistes, réparties sur trois sessions scientifiques et deux ateliers axés sur des thèmes tels que “le traitement du sens et du contexte dans la traduction automatique”, “les limites de l’intelligence artificielle et le rôle du traducteur dans l’environnement numérique”, ainsi que “l’utilisation des outils d’intelligence artificielle dans la formation et la pratique de la traduction”.
RA
