
Un séisme judiciaire vient d’ébranler les tribunaux britanniques. Pour la première fois de son histoire, le Royaume-Uni a inculpé un homme de soixante-cinq ans, Vincent Brown, connu sous le nom de Vincent Bajinya, pour son rôle présumé dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
Par Rihab Taleb
La police de Londres a enquêté pendant sept ans pour retrouver cet homme qui vivait tranquillement en Angleterre depuis longtemps. Même si la justice avait refusé de l’envoyer au Rwanda en 2017, il doit enfin se défendre devant un tribunal pour son rôle dans le génocide. La justice n’oublie rien, même trente ans après, et rappelle les grands drames et les mensonges des hommes politiques dans les années 1990.
Il faut regarder avant l’année 1994 pour comprendre ce qui s’est passé au Rwanda. Ce n’est pas une vieille haine entre les tribus, comme on l’entend trop souvent. Tout vient de la politique des pays qui avaient colonisé l’Afrique, surtout la Belgique. Quand les Belges sont arrivés, ils ont classé les habitants en deux groupes fixes, les Hutu qui étaient les plus nombreux et les Tutsi qui étaient moins nombreux. Les colonisateurs ont choisi de donner les meilleurs métiers, les écoles et les avantages aux Tutsi, ce qui a créé beaucoup de colère.
Au début des années 1960, juste avant l’indépendance, les Belges ont aidé les Hutu à prendre le pouvoir. Cela a provoqué les premiers conflits et des centaines de milliers de Tutsi ont dû s’enfuir dans les pays voisins comme l’Ouganda, le Burundi et le Congo. C’est dans ces camps de réfugiés que les enfants de ces familles ont préparé une armée pour se battre plus tard.
L’armée de rebelles, appelée le Front patriotique rwandais et formée par les enfants des réfugiés tutsi, est rentrée par la force dans le nord du Rwanda. Cela a déclenché une guerre civile. En même temps, le pays traversait une crise financière très sévère à cause des banques internationales qui appauvrissaient les fermiers. Le président de l’époque, Juvénal Habyarimana, s’est servi de cette guerre pour faire taire ses opposants et faire peur aux Hutu.
Le drame a atteint son apogée le 6 avril 1994. Ce soir-là, l’avion du président a été abattu par des missiles au moment d’atterrir à Kigali. Cet attentat a déclenché tout de suite un plan de massacres préparé depuis longtemps par les extrémistes du camp hutu, composant un groupe radical appelé Power.
Pendant cent jours d’une violence terrible, le pays est devenu un grand cimetière. Des groupes de miliciens armés, aidés par l’armée et poussés par une radio qui appelait à tuer tout le monde, ont massacré environ 800 000 personnes. La grande majorité des victimes étaient des civils tutsi tués partout, même dans les églises, mais il y a aussi eu des Hutu modérés qui refusaient de participer aux crimes.
Face à ces massacres que le monde regardait sans bouger, l’armée des rebelles du Front patriotique rwandais a avancé très vite. En prenant la capitale Kigali et en arrêtant le génocide en juillet 1994, ils ont chassé les dirigeants qui commandaient les tueries. Cette victoire a forcé plus de deux millions de Hutu terrorisés à fuir vers les pays voisins, surtout vers l’est de l’actuel Congo, pris en otage par les anciens chefs et de nouveaux combats.
Ce qui s’est passé au Rwanda n’est pas seulement un problème entre Rwandais. Des pays étrangers et des voisins ont beaucoup aidé à aggraver la situation.
D’un côté, le président français de l’époque était le « grand ami » du président Habyarimana. Il a donné des armes, formé les soldats et aidé le gouvernement rwandais pendant des années. Après le début des massacres, la France a envoyé une mission militaire en juin 1994 pour aider. Même si cette mission a sauvé des vies, elle a aussi permis à des assassins de s’enfuir au Congo, ce qui a gâché les relations entre la France et le Rwanda.
D’un autre côté, l’Ouganda a laissé les rebelles se cacher sur son territoire, leur a donné des armes et a aidé leur chef, Paul Kagame. Derrière l’Ouganda, il y avait les États-Unis qui voulaient chasser l’influence de la France dans cette région d’Afrique pour placer leurs propres « amis ».
Enfin, après la mort de dix soldats belges au début des combats, la Belgique a retiré ses troupes en panique. L’ONU, commandée par les grands pays riches, a décidé de réduire le nombre de ses soldats sur place et a abandonné le peuple rwandais à son malheur.
Le Rwanda servait de porte d’entrée pour accéder à un pays voisin très riche, la République démocratique du Congo. En mettant le désordre au Rwanda et dans toute la région, les grandes industries mondiales ont pu voler les richesses du Congo plus facilement.
Le sol de l’est du Congo est plein de trésors que tout le monde convoitait. On y trouve du coltan, un minerai indispensable pour fabriquer les téléphones portables et les ordinateurs que tout le monde utilise. Il y a aussi du cobalt et du cuivre pour fabriquer les batteries électriques, ainsi que de l’or, des diamants et d’autres métaux rares.
Ce vol est organisé par de grandes entreprises occidentales avec la complicité de chefs locaux corrompus et de bandes armées. Cela prouve que ces guerres ne sont pas des « bagarres » entre tribus, mais de vraies guerres économiques.
Le drame du Rwanda dans les années 1990 montre comment les pays occidentaux se servent des divisions pour régner. En semant la zizanie, en donnant des armes et en fermant les yeux sur les morts, les pays occidentaux maintiennent l’Afrique dans un état de crise permanent pour continuer à piller ses richesses sans rien donner en échange et garder leur pouvoir de colonisateur.
R.T
