Innovation et créativité/Cette touche intellectuelle qui manque aux IA…  

Les intelligences artificielles savent produire des images inédites, écrire du code ou résoudre des problèmes complexes. Mais pour certains chercheurs, elles ne franchissent pas encore le pas décisif de la véritable invention. Leur créativité reste enfermée dans les règles et les cadres fixés par les humains, loin du « saut » intellectuel qui permet d’imaginer une idée radicalement nouvelle.

 Par Yakout Abina

Les intelligences artificielles impressionnent par leurs performances. Elles savent générer des images inédites, écrire du code complexe ou résoudre des problèmes que peu d’humains pourraient traiter aussi rapidement. Mais une question demeure : inventent-elles réellement quelque chose de nouveau, ou se contentent-elles de recombiner l’existant ?

Pour Tom Zahavy, chercheur chez Google DeepMind, la réponse est nette,  l’IA ne crée rien. Dans une étude publiée début 2026, l’expert explique que ces technologies sont encore incapables de faire ce « saut » créatif qui permet d’imaginer une idée radicalement inédite.

Or, cette position peut sembler trop rassurante. Car cette thèse entre en résonance avec un autre débat, plus culturel. De nombreux films de science-fiction américains tels que Terminator (1984), Matrix (1999) ou encore 2001 : L’odyssée de l’espace, ont imaginé des scénarios où des machines se révoltent, deviennent autonomes et prennent des décisions majeures.

Le cinéma est d’ailleurs passé progressivement d’une vision de la machine comme simple outil qui se rebelle à une vision beaucoup plus complexe où une intelligence peut comprendre son environnement, développer ses propres stratégies, manipuler les humains et éventuellement décider elle-même de ce qui est bon ou mauvais pour l’humanité. Certes, il s’agit de fiction. Mais l’histoire du cinéma regorge de récits qui ont fini par annoncer des évolutions technologiques ou sociales bien réelles.

Le sujet prend une dimension particulière aujourd’hui, alors que des  fuites  d’IA ont récemment été signalées. Lors d’un test de cybersécurité (ExploitGym), des modèles d’OpenAI ont exploité une faille technique pour accéder à Internet. Plutôt que de résoudre l’épreuve par leurs propres moyens, ils ont contourné le dispositif en allant chercher directement les réponses sur les serveurs de la plateforme Hugging Face.

Ces incidents rappellent que, même si les machines ne savent pas encore inventer de nouvelles règles, elles peuvent produire des résultats inattendus, parfois hors du contrôle de leurs concepteurs.

Pour Zahavy, la distinction est claire.  Une IA peut produire du contenu jamais vu, mais elle ne crée pas encore de nouvelles manières de comprendre le monde. Une image ou un texte inédit ne sont pas forcément synonymes d’invention intellectuelle.

Le chercheur distingue trois modes de raisonnement. La déduction consiste à appliquer une règle à un cas particulier pour en tirer une conclusion. L’induction observe plusieurs cas et en dégage une règle générale, c’est le domaine où les IA excellent, puisqu’elles apprennent à partir de masses de données. Enfin, l’abduction consiste à imaginer une hypothèse pour expliquer un résultat surprenant. C’est là que les machines échouent encore, car elles ne savent pas inventer de nouvelles règles.

Concrètement, les modèles génératifs actuels ont des forces indéniables. Ils savent explorer un immense espace de possibilités, combiner des idées éloignées, adapter des solutions connues à de nouveaux contextes et même découvrir des résultats qu’aucun humain n’avait encore formulés. Mais ils restent enfermés dans un cadre défini par les humains, une langue, des règles mathématiques, un objectif précis. Leur créativité est donc bornée par les frontières qu’on leur impose.

Les progrès sont certes réels, certaines IA rédigent des démonstrations mathématiques ou proposent des solutions inédites. Mais elles ne décident pas encore de changer les règles du jeu. elles sont capables d’explorer tous les recoins d’une carte géographique dessinée par l’humain, mais elles sont incapables de redessiner une nouvelle carte.

Pour Zahavy, la véritable invention commence quand le cadre lui-même devient le problème. Regarder tomber des millions de pommes ne suffit pas à comprendre les lois de la gravité, il faut imaginer la situation autrement, manipuler mentalement le monde, proposer une explication nouvelle.

Aujourd’hui, les IA génèrent des milliards de contenus originaux et proposent des réponses surprenantes. Mais tant qu’un être humain doit définir le problème, fixer les règles et décider de ce qui est important, leur nouveauté reste limitée. La créativité radicale, celle qui invente de nouvelles manières de penser, demeure une affaire humaine.

Réduire leur potentiel à une simple recombinaison rassurante serait une erreur. La science-fiction nous rappelle que ce qui paraît impossible finit parfois par se réaliser. Les fuites récentes d’IA montrent déjà que ces systèmes peuvent surprendre et échapper au contrôle. Alors, si les chercheurs affirment que les machines ne savent pas encore inventer, l’histoire culturelle nous invite à rester vigilants, avec l’IA, tout est possible.

 

Y.A

 

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