
L’Algérie ne se résume pas à des frontières géographiques, elle s’impose comme un grand pays de la taille d’un continent, une terre millénaire où chaque wilaya, chaque ville et chaque village détient une parcelle d’un patrimoine d’une richesse inépuisable. Du littoral méditerranéen aux immensités du grand Sahara, en passant par les reliefs de la Kabylie, des Aurès majestueux et des hauts plateaux du nord-ouest du pays ou du Titteri, l’Algérie déploie un éventail culturel d’une diversité hors du commun.
Par Yakout Abina & Rihab Taleb
Cette richesse s’exprime avec une force particulière à travers son artisanat, ses traditions, sa littérature orale, son art culinaire et surtout son habillement traditionnel. Chaque pli d’un tissu, chaque fil d’or brodé et chaque recette transmise de génération en génération racontent l’histoire des civilisations qui ont façonné cette terre. Notre terre et la terre de nos aïeux.
Pourtant, à l’ère de la mondialisation et face à des tentatives récurrentes d’appropriation culturelle et de spoliation patrimoniale par d’autres nations, la préservation de cet héritage est devenue une priorité absolue. Il ne s’agit plus seulement de célébrer le passé, mais de défendre avec fermeté et fierté une identité nationale souveraine. Pour les artisans, stylistes et acteurs de la culture algérienne, la création est devenue une forme de résistance et un moyen d’affirmation. En revisitant les tenues ancestrales sans en altérer l’essence, les créateurs algériens prouvent que ce patrimoine n’est pas un ensemble de pièces de musée figées dans le temps, mais une culture vivante, moderne et capable de rayonner à l’échelle internationale.
C’est dans cet esprit de sauvegarde, de valorisation et de transmission intergénérationnelle que la grande salle univers de l’hôtel Sheraton d’Alger s’est transformée, vendredi dernier, en un véritable sanctuaire de la haute couture et des arts traditionnels. À l’occasion de sa douzième édition, cet événement d’envergure nationale et internationale s’est affirmé comme le rendez-vous incontournable des passionnés de la mode, des figures de l’artisanat et des défenseurs de la mémoire collective.
L’événement a été pensé et orchestré par Ryan Branci, créateur chevronné et figure incontournable de la scène artistique, souvent salué comme l’ambassadeur du costume traditionnel algérien. Prenant la parole devant une assistance captive composée d’invités de marque et d’amoureux de la culture, Ryan Branci a exprimé toute l’émotion qui l’anime après douze années de persévérance et de passion. Il a tenu à souligner que bien que l’événement en soit à sa douzième édition, chaque rendez-vous possède une âme propre, une énergie singulière et une empreinte artistique unique. Pour lui, l’organisation de telles manifestations dépasse le cadre du simple spectacle ou du défilé de mode. Il s’agit d’un engagement moral et d’un devoir patriotique visant à protéger et promouvoir l’héritage algérien sous toutes ses coutures. Ryan Branci a d’ailleurs rappelé avec insistance que cette responsabilité ne concerne pas uniquement le vêtement, mais englobe l’ensemble des expressions culturelles du pays, notamment la gastronomie et la pâtisserie traditionnelle, véritables piliers du savoir-vivre algérien.
Au cours de la soirée, le podium a vu défiler des pièces d’exception où chaque passage racontait une région et une histoire. Les spectateurs ont pu admirer la majesté du Karakou algérois, confectionné dans des velours somptueux et brodé à la main selon les techniques séculaires du Majboud et du Fetla. La grâce de la Blousa oranaise, avec ses dentelles raffinées et ses plastrons perlés, a rappelé l’élégance des grandes fêtes de l’Ouest algérien. Le Caftan algérien, richement travaillé, a côtoyé le Badroun au porter fluide et distingué, incarnant le raffinement citadin. La richesse des régions intérieures et berbères a également illuminé la scène grâce à la diversité des robes kabyles aux couleurs éclatantes et aux rubans symboliques, à la prestance des parures et costumes chaouis des Aurès, ainsi qu’à la noblesse de la tenue Nayli, caractérisée par ses draperies et sa prestance bédouine.
La force du Fashion Day Dzaïr réside dans cette capacité à ne pas figer la tradition dans un musée, mais à la faire vibrer au présent. Les stylistes-modélistes participants pour cette 12e édition ont fait preuve d’une maîtrise remarquable des savoir-faire ancestraux (Fetla, Mejboud…) exécutés dans les règles de l’art. La créatrice Nibel Rezgui a marqué les esprits en ouvrant le défilé par des pièces d’une finesse remarquable, suivie par d’autres créateurs de mode. La maison Anika by Souad Laaroussi et Elmohri Couture ont su sublimer les coupes traditionnelles avec un regard contemporain d’une grande maîtrise. La marque By Mel Bach a quant à elle apporté une touche d’audace créative tout en respectant l’authenticité des étoffes, et la maison Liams Mode 1985 a réaffirmé son savoir-faire historique en présentant des créations qui témoignent de décennies de passion pour l’artisanat du fil.
Pour parfaire cet événement, un buffet prestigieux garni de gâteaux traditionnels et orientaux a été mis à la disposition des convives. Ces douceurs occupaient une place de choix, offrant une véritable démonstration de notre savoir-faire gastronomique ancestral. Les invités ont pu y apprécier une grande variété de spécialités typiques du terroir algérien. Ce buffet gourmand n’était pas un simple moment de convivialité, mais une véritable célébration de l’art culinaire algérien, rappelant que ces gâteaux traditionnels et orientaux sont tout aussi précieux et indissociables de notre identité que les habits mis à l’honneur sur le podium.
Afin de donner encore plus d’ambiance, une pause musicale a été organisée entre les défilés. C’est le chanteur Abdelouahab Bahri qui est monté sur scène pour interpréter de magnifiques chansons de notre patrimoine traditionnel algérien. Sa prestation a vraiment fait vibrer toute la salle et a beaucoup plu aux invités. Ce moment fort a montré une fois de plus que notre musique traditionnelle est tout aussi importante que nos habits et nos gâteaux pour faire vivre et protéger notre culture.
Grâce à la passion et la persévérance des stylistes et des organisateurs engagés comme Ryan Branci, qui a offert aux talents locaux une tribune d’exception, cet événement a valorisé la transmission d’un savoir-faire vestimentaire ancestral sublimant l’élégance intemporelle du karakou algérois, la somptuosité de la Blouza d’Oran ou la finesse des broderies de la Gandoura. Cet art du fil et de l’aiguille a ainsi prouvé que la haute couture nationale possède toutes les armes pour s’imposer durablement sur les scènes internationales. Plus qu’un simple défilé, le Fashion Day Dzaïr confirme son rôle de vibrante vitrine de la fierté nationale. Une édition mémorable qui s’achève sous les applaudissements d’un public conquis, laissant présager de futures créations qui continueront de faire rayonner l’inestimable diversité culturelle de l’Algérie à travers le monde. Et à travers les temps.
Y.A & R.T
