Soupçonnée de présenter des risques pour la sécurité nationale, l’intelligence artificielle chinoise DeepSeek est désormais interdite au sein des administrations civiles américaines. Washington invoque des craintes liées à la collecte de données et à la cybersécurité, sur fond de rivalité technologique grandissante entre les États-Unis et la Chine dans la course à l’IA.
Par YakoutAbina
Les États-Unis renforcent leur méfiance à l’égard des technologies chinoises. Washington a décidé d’interdire l’utilisation de l’intelligence artificielle DeepSeek au sein des agences civiles fédérales, invoquant des risques pour la cybersécurité, la protection des données et la sécurité nationale.
Cette décision, officialisée le 19 octobre par le Département de la Sécurité intérieure (DHS), interdit aux administrations concernées d’acheter, d’installer ou d’utiliser les produits développés par la société chinoise DeepSeek. Les agences doivent également supprimer les solutions déjà en place. La mesure s’appuie sur le Federal Acquisition Supply Chain Security Act de 2018, qui autorise l’exclusion de fournisseurs considérés comme une menace pour la chaîne d’approvisionnement technologique du gouvernement américain.
L’interdiction ne vise pas uniquement les services commercialisés directement par DeepSeek. Elle englobe également les applications tierces reposant sur ses modèles d’IA, y compris les versions open source que les utilisateurs peuvent télécharger et modifier librement. Seules les entités relevant du département de la Défense échappent à cette directive, en raison d’un cadre réglementaire distinct.
Pour justifier cette décision, le DHS met en avant plusieurs risques potentiels. Selon l’administration américaine, les données traitées par DeepSeek pourraient être exposées aux autorités chinoises, les serveurs de l’entreprise étant situés en Chine. Washington estime que Pékin pourrait contraindre l’entreprise à fournir un accès à certaines informations ou à participer à des opérations de surveillance.Les autorités évoquent également des préoccupations concernant la collecte de données personnelles, le suivi des utilisateurs, d’éventuelles vulnérabilités de sécurité et même la présence potentielle de logiciels malveillants au sein de certains services liés à DeepSeek.
L’ascension rapide de DeepSeek a suscité de vives réactions aux États-Unis. Début 2025, son modèle R1 avait attiré l’attention de l’industrie en affichant des performances comparables à celles des principaux modèles américains tels que Gemini ou ChatGPT, tout en revendiquant des coûts de développement nettement inférieurs.
Cette percée a contribué à renforcer les tensions dans un secteur considéré comme stratégique. Aux États-Unis, plusieurs acteurs de l’IA accusent DeepSeek d’avoir entraîné ses modèles à partir de technologies développées par des entreprises américaines. OpenAI, Anthropic et d’autres sociétés ont évoqué la possibilité que l’entreprise ait eu recours à des techniques de « distillation », consistant à exploiter les réponses d’un modèle existant afin d’en reproduire les capacités. Ces accusations n’ont toutefois jamais été formellement démontrées.
L’affaire DeepSeeks’inscrit dans un contexte de méfiance grandissante envers les technologies chinoises. Ces dernières années, plusieurs applications et services originaires de Chine ont fait l’objet de restrictions aux États-Unis. En 2023, les applications TikTok avaient été bannies des appareils gouvernementaux fédéraux en raison de préoccupations similaires liées à la sécurité des données.
Avec cette nouvelle interdiction, les États-Unis poursuivent leur stratégie de réduction des risques liés aux technologies perçues comme pouvant servir les intérêts de la Chine. Une décision qui illustre une fois de plus l’intensification de la rivalité technologique entre les deux premières puissances mondiales, où les questions de souveraineté numérique et de sécurité nationale occupent désormais une place centrale.
Y.A
