Croissance chinoise /  Sauvée par la Tech et l’IA

 

Au troisième trimestre de cette année 2026, la Chine a enregistré une croissance de 4,5 % par rapport à l’année dernière. C’est une petite amélioration par rapport au trimestre d’avant, qui permet au pays de rester dans la fourchette basse des objectifs fixés par le gouvernement, qui espère une hausse de 4,5 % à 5 % pour toute l’année.

 

 

 

 

Par Rihab Taleb

Même si cet objectif est pour l’instant respecté, il s’agit du score de croissance le plus bas depuis des décennies pour l’Empire du Milieu. Loin des années fastes où la croissance dépassait facilement les 6 ou 7 % par an, ceci montre bien que le pays traverse une période difficile.

Avant la publication officielle, un groupe d’économistes interrogé par une agence de presse s’attendait à un résultat un peu plus faible, autour de 4,4 %. La Chine a finalement fait un peu mieux, confirmant qu’elle essaie de sortir doucement de la zone de turbulences. Au deuxième trimestre, la croissance n’avait été que de 4,3 %, ce qui représentait le niveau le plus bas depuis plus de trois ans. Malgré ce léger soulagement, les dirigeants politiques restent très prudents. Mao Shengyong, un haut responsable du Bureau national des statistiques, a reconnu ouvertement que la situation internationale est compliquée et instable, que les habitants ne consomment pas assez à l’intérieur du pays, et que de gros problèmes historiques restent à régler. Il a insisté sur le fait qu’il est urgent de réveiller la consommation locale, car pour l’instant, c’est surtout le commerce avec l’étranger qui tire l’économie vers le haut.

Quand on regarde de plus près les chiffres du mois de septembre, on réalise que l’économie chinoise vit dans un grand écart permanent entre les difficultés des familles et la superforme de certaines usines. D’un côté, les ventes dans les magasins et les supermarchés, qui montrent si les habitants achètent des choses pour leur quotidien, ont augmenté de 1,1 % sur un an. C’est une bonne surprise pour les marchés financiers, car les analystes de Bloomberg ne prévoyaient que 0,5 %, et c’est la plus forte hausse depuis le mois de mars. Mais les experts appellent à la prudence, une fois qu’on enlève l’effet de l’inflation, c’est-à-dire la hausse des prix de la vie de tous les jours, les gens n’ont pratiquement pas acheté plus qu’avant, et la consommation stagne, voire baisse un tout petit peu. Les ménages préfèrent garder leur argent de côté.

De l’autre côté, la fabrication de produits dans les usines, la production industrielle, tourne avec une belle hausse de 5,5 % sur un an. Cette vitalité s’explique par une demande mondiale énorme pour les nouvelles technologies. La Chine profite à fond du boom mondial et de l’intelligence artificielle en vendant par millions des ordinateurs ultra performants, des puces électroniques sophistiquées et du matériel indispensable pour les grands centres de données à travers le monde. Cette réussite commerciale est si forte que la Chine est bien partie pour battre son propre record historique d’excédent commercial, c’est-à-dire la différence gigantesque entre ce qu’elle vend et ce qu’elle achète aux autres pays, après avoir déjà atteint le chiffre fou de 1 200 milliards de dollars l’an dernier.

Le secteur de l’immobilier, qui a longtemps permis aux familles d’investir leurs économies et aux villes de financer leurs projets, traverse toujours une crise très dure avec des promoteurs en faillite et des millions de logements inachevés, ce qui bloque les projets et mine complètement le moral des citoyens. À cela s’ajoutent le chômage qui touche énormément de jeunes diplômés ne trouvant pas de travail à la hauteur de leurs études, la baisse générale des prix qui inquiète les entrepreneurs, et la dette géante accumulée par les collectivités locales à travers le pays. Un nouveau problème est venu tout compliquer, la guerre contre l’Iran a provoqué un choc énergétique terrible. Comme la Chine est le plus grand acheteur de pétrole brut au monde, elle subit la flambée des prix du carburant, ce qui rend la fabrication des produits plus coûteuse et réduit les bénéfices des entreprises.

Pour s’en sortir, le gouvernement essaie de changer sa façon de faire et de réinventer son modèle. L’idée officielle est de viser une croissance plus intelligente et plus verte, en misant sur les technologies de pointe comme les voitures électriques, les panneaux solaires et l’intelligence artificielle, plutôt que de chercher uniquement à produire en très grande quantité des objets bas de gamme comme c’était le cas par le passé. En fin septembre, les autorités ont d’ailleurs annoncé un grand plan d’aide avec des coups de pouce pour les crédits immobiliers, des baisses d’impôts et des prêts bancaires facilités pour les entreprises innovantes. Cependant, tout le monde ne croit pas à l’efficacité totale de ces mesures. D’un côté, certains analystes pensent que la fin de l’année sera meilleure grâce à ces coups de pouce de l’État. De l’autre, des institutions comme le Fonds monétaire international préfèrent la jouer prudente et ont baissé leur prévision de croissance pour la Chine à 4,5 %, à cause de la hausse du pétrole et des incertitudes qui pèsent sur l’économie.

²Cette situation commence à agacer fortement les autres grands pays du monde, à commencer par les États-Unis et l’Union européenne. Ces derniers voient leur propre balance commerciale se creuser dangereusement face à la Chine, c’est-à-dire qu’ils achètent beaucoup plus de produits chinois qu’ils ne parviennent à leur vendre en retour, ce qui détruit des emplois dans leurs propres industries locales. Ils font de plus en plus de pressions politiques sur Pékin et menacent régulièrement de mettre en place des taxes douanières très élevées. Leur objectif est d’obliger la Chine à compter un peu plus sur ses propres citoyens pour consommer, et à cesser d’inonder le marché mondial avec ses produits vendus à bas prix, afin de rendre le commerce international plus juste pour tout le monde.

R.T

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