
Le monde du chocolat en Suisse traverse une période très difficile en ce moment et cela inquiète beaucoup les professionnels du secteur. La Suisse est pourtant le pays du chocolat par excellence, connu dans le monde entier pour son savoir-faire unique et la grande qualité de ses produits. Mais aujourd’hui, les habitudes des habitants ont changé et les ventes chutent vertigineusement.
Par Rihab Taleb
L’année dernière, les volumes de chocolat vendus en Suisse ont diminué de plus de 4 %, et la baisse s’est encore accélérée au cours des premiers mois de cette année avec un recul de 6 %. Même si les associations professionnelles essaient de rassurer en disant qu’il ne s’agit pas d’une crise grave, les fabricants doivent faire face à de nouveaux défis pour rester compétitifs et réussir à garder leur place sur le marché.
Pour comprendre cette baisse des ventes, il ne faut pas seulement regarder le prix des produits. Tout est devenu plus cher et les familles font très attention à leur budget au moment de faire leurs courses. Mais la vraie raison va beaucoup plus loin que l’argent. Aujourd’hui, les gens font de plus en plus attention à leur santé et à ce qu’ils mangent tous les jours. Le chocolat contient beaucoup de sucre et de matières grasses, et il est de plus en plus perçu comme un aliment dont il faut se méfier pour garder la ligne et éviter les problèmes de santé liés au surpoids. Beaucoup de consommateurs décident donc de manger moins de sucreries ou d’arrêter complètement d’en acheter pour prendre soin d’eux. Le chocolat n’est plus vu comme un petit plaisir, mais comme un produit trop sucré que l’on essaie de consommer le moins possible.
Cette nouvelle habitude se combine avec un autre gros problème : la hausse du prix du cacao sur les marchés internationaux. Depuis trois ans, le prix de cette matière première indispensable a atteint des niveaux très élevés à cause de mauvaises récoltes dans les pays producteurs. Les chocolatiers ont donc été obligés d’augmenter les prix dans les magasins pour pouvoir couvrir leurs dépenses et ne pas perdre d’argent. À Fribourg, la célèbre entreprise Villars, qui fête cette année ses 125 ans d’existence, a dû faire face à cette situation compliquée en répercutant ces hausses sur ses tablettes. Mais les clients ne sont pas dupes et, face à des prix plus élevés, ils préfèrent soit acheter des produits moins chers, soit tout simplement ne plus en acheter du tout, surtout si la composition est trop riche en sucre.
Face à cette baisse de la demande à l’intérieur du pays, les entreprises cherchent des solutions pour s’en sortir et continuer à vendre. Le géant du secteur, Lindt & Sprüngli, a commencé à baisser certains de ses prix pour attirer de nouveau les clients et redonner envie d’acheter. D’autres fabricants choisissent de miser uniquement sur la très grande qualité, en proposant des produits avec des goûts originaux ou des labels écologiques pour convaincre les amateurs prêts à payer un peu plus cher pour de l’artisanat. Mais comme le marché suisse devient trop petit et que les gens mangent moins de sucreries, les chocolatiers doivent chercher de nouveaux clients en dehors des frontières. Même si la Suisse reste le pays où l’on mange le plus de chocolat au monde avec plus de dix kilos par habitant et par an, les fabricants se tournent de plus en plus vers l’étranger, notamment vers l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Amérique du Nord, pour espérer retrouver de la croissance et assurer l’avenir de leur industrie.
R.T
