Quatorze régions du Darfour du Nord, du Darfour du Sud et du Kordofan du Sud, au Soudan, risquent la famine en raison de la dégradation des perspectives de la prochaine récolte céréalière, selon la récente alerte de l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Par Malika Azeb
Les pluies insuffisantes, l’instabilité du pays et la pénurie d’intrants agricoles compromettent déjà la saison. La FAO indique que la production de l’année précédente était inférieure à la moyenne, ce qui a engendré des prix très élevés des céréales.
À peine les semis achevés, les signes d’alerte se multiplient : en effet, depuis la mi-août, les cultures attendent des pluies essentielles à leur développement, mais ces dernières font défaut dans la majorité des zones cultivées.
Selon la FAO, les cultures semées subissent cette année un double choc : le manque de précipitations et les répercussions du conflit qui ravage le pays.
La situation est particulièrement préoccupante dans les deux États de Sennar et Gedaref, au sud-est du pays. À elles seules, ces deux régions représentent près d’un quart de la production nationale moyenne de sorgho. Les pluies enregistrées entre juin et la mi-août étaient inférieures de 20 % et de 30 % aux normales de long terme.
Conséquences de cette faible pluviométrie : la dégradation de la végétation, et l’indice de stress agricole de la FAO, signalait une sécheresse sévère sur plus de 40 % des terres cultivées à Sennar et 70 % à Gedaref.
Les prévisions météorologiques font état d’une forte probabilité de précipitations inférieures à la moyenne, faisant peser un risque supplémentaire sur les rendements attendus à partir du mois de novembre prochain.
En outre, les causes naturelles entravant la bonne récolte céréalière s’ajoutent à la guerre et à l’insécurité politique que vit le pays.
Dans le Grand Darfour, le Grand Kordofan et l’État du Nil-Bleu, l’insécurité empêche nombre d’agriculteurs d’accéder à leurs champs. Le manque de carburant, le coût des intrants et l’accès réduit au crédit ajoutent encore aux difficultés des agriculteurs.
Ces contraintes prolongent une tendance déjà observée en 2025, selon l’évaluation des récoltes et de l’approvisionnement alimentaire (CFSAM). La production céréalière nationale — sorgho, mil et blé — a été estimée à 5,2 millions de tonnes, en baisse de 22 % sur un an et de 19 % par rapport à la moyenne quinquennale.
Cette faiblesse de production reflète essentiellement l’impact négatif du conflit sur les activités agricoles, notamment en raison des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, qui ont réduit la disponibilité des intrants agricoles essentiels et ont fait grimper leurs prix, selon le rapport de la FAO.
Cette contraction de l’offre se répercute directement sur les prix du sorgho et du mil, produits localement, qui ont augmenté respectivement de 65 % et de 40 % sur la plupart des marchés, pesant ainsi lourdement sur l’accès des populations aux denrées alimentaires.
Selon la dernière analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), environ 19,5 millions de personnes, soit plus de 40 % de la population, ont fait face à une insécurité alimentaire aiguë de phases 3 ou pires entre février et mai dernier.
Parmi elles, quelque 5 millions étaient en phase 4 et 135 000 en phase 5 (catastrophe).
Le conflit reste le principal moteur de cette crise, ayant déjà provoqué environ 11,3 millions de personnes déplacées de force depuis avril 2023, dont 6,4 millions déplacés internes et 4,6 millions de réfugiés dans les pays voisins.
La détresse alimentaire que vit le Soudan est en contraste avec son potentiel agricole : lorsqu’on sait que le pays est historiquement qualifié de futur grenier à blé du monde arabe.
En effet, le pays dispose de plusieurs zones et bassins agricoles fertiles, à l’image de ceux bénéficiant soit de l’irrigation du Nil ou de ses affluents.
La plaine de la Gezira, située dans l’État d’Al Jazirah, au sud de Khartoum, représente le cœur de l’agriculture soudanaise.
Le bassin de l’Est comprenant le Gedaref et Kessala, situés à la frontière de l’Éthiopie et de l’Érythrée, ainsi que les vallées du Nil nord et du Nil blanc, qui forment des corridors de fertilité au milieu du désert.
Mais les changements climatiques extrêmes, le conflit armé dévastateur et l’effondrement total de ses chaînes logistiques font que les populations soudanaises traversent une crise alimentaire des plus sévères à l’heure actuelle.
La fertilité des terres ne suffit pas à faire face aux facteurs majeurs de la réduction des rendements agricoles, tels que la guerre, qui paralyse presque totalement l’économie du pays, les terres abandonnées ou pillées, la fuite de millions d’agriculteurs, la destruction du matériel agricole et des stocks de semences, ainsi que l’utilisation de la faim comme arme de guerre.
Selon les derniers rapports publiés par les agences de l’ONU, comme la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM), plus de 25 millions de personnes souffrent d’une détresse alimentaire aiguë au Soudan et de nombreuses régions ont carrément basculé dans la famine.
MA
